Conseil de sécurité de l’ONU : l’ambassadeur du Rwanda exige la neutralisation vérifiable des FDLR en RDC
Le Rwanda estime que la neutralisation complète des FDLR constitue un engagement central des accords de Washington et une condition indispensable à une paix durable avec la RDC. Le 29 septembre 2026, devant le Conseil de sécurité des Nations unies, l’ambassadeur Martin Ngoga a également dénoncé la poursuite présumée de la coopération entre les FARDC et les FDLR, ainsi que les violences visant les communautés congolaises rwandophones.
S’exprimant lors de la réunion consacrée à la RDC et à la MONUSCO, le représentant permanent du Rwanda auprès des Nations unies a rappelé que la crise sécuritaire dans l’est congolais figure à l’ordre du jour du Conseil depuis près de trois décennies. Il a souligné que plus de 30 milliards de dollars ont été engagés par les Nations unies dans le cadre de la MONUC et de la MONUSCO depuis 1999, sans que les principaux défis sécuritaires soient résolus.
Le Rwanda réclame l’application intégrale des accords de Washington
Martin Ngoga a réaffirmé l’engagement du Rwanda à mettre en œuvre de bonne foi les accords de Washington, tout en saluant les efforts diplomatiques des États-Unis, du Qatar, de l’Union africaine et des autres partenaires impliqués dans les processus de Washington et de Doha.
Il a indiqué que le Rwanda avait entrepris des démarches pour lever ses mesures défensives et les avait signalées dans les mécanismes prévus par les accords. Le Rwanda a également proposé un dispositif de vérification tripartite associant le Rwanda, la RDC et les États-Unis, médiateurs du processus.
Toutefois, l’ambassadeur a dénoncé ce qu’il considère comme un écart majeur dans l’application des engagements sécuritaires, particulièrement concernant les FDLR. Il a rappelé que leur neutralisation et la cessation de leur collaboration avec les Forces armées de la RDC (FARDC) figurent parmi les obligations centrales du processus de Washington.
Citant le rapport du secrétaire général des Nations unies, il a affirmé que les FDLR demeurent opérationnelles dans plusieurs territoires du Nord-Kivu, notamment Rutshuru, Masisi, Nyiragongo et Walikale.
Il a également évoqué des informations faisant état de livraisons d’armes, de munitions et de vivres aux FDLR et à d’autres groupes armés, avec l’implication présumée des FARDC, entre février et août 2026. Selon lui, ces éléments, communiqués aux mécanismes conjoints de suivi et de coordination sécuritaire, témoignent d’une continuité de la coopération alléguée durant la période où la neutralisation des FDLR devait progresser.
L’ambassadeur a par ailleurs mis en garde contre les arrangements bilatéraux que le gouvernement congolais aurait conclus avec les FDLR, notamment un protocole signé le 29 août 2026. Selon Ngoga, ces initiatives ne sauraient remplacer les obligations déjà définies par les accords de Washington, les plans opérationnels et les mécanismes de vérification convenus.
Il a insisté sur la nécessité d’une neutralisation “effective, complète et verifiable”, estimant que tout report de cette obligation risque de prolonger la menace sécuritaire.
Le Rwanda invoque une menace sécuritaire immédiate
Pour justifier l’urgence de cette neutralisation, Martin Ngoga a présenté la proximité géographique de l’est de la RDC avec le Rwanda comme un facteur déterminant. Il a rappelé que Goma et Bukavu se trouvent à quelques heures de route de Kigali, contrairement à Kinshasa, située à environ 1 500 kilomètres de ces villes.
Selon le diplomate, la présence des FDLR, leur idéologie génocidaire et leur collaboration présumée avec les forces congolaises constituent une menace directe pour la sécurité du Rwanda. Il a estimé que cette question ne pouvait être considérée comme secondaire ni reportée indéfiniment.
Les violences contre les communautés rwandophones dénoncées
L’ambassadeur a également appelé le Conseil de sécurité à accorder une attention particulière aux violences visant les Banyamulenge et d’autres communautés congolaises rwandophones.
S’appuyant sur des informations qu’il a présentées comme disponibles publiquement et sur des rapports des Nations unies, il a évoqué des civils tués, des villages incendiés, des déplacements forcés, des pillages de bétail et des discours de haine visant notamment les Banyamulenge, les Congolais tutsis et les populations parlant le kinyarwanda.
Selon les chiffres avancés par dans son intervention, plus de 650 villages auraient été détruits ou incendiés dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu depuis 2017, plus de 700 000 bovins auraient été pillés et au moins 147 écoles ainsi que 57 structures sanitaires détruites. Le Rwanda affirme également que plus de 80 % des Banyamulenge et des autres populations rwandophones ont été contraints à l’exil au fil des vagues de violence.
Martin Ngoga a dénoncé les restrictions d’accès aux marchés, aux terres agricoles et aux approvisionnements essentiels, notamment autour de Minembwe. Il a aussi évoqué le retour annoncé du général-major Sylvain Ekenge au poste de porte-parole des FARDC, après sa suspension pour des propos visant les Congolais parlant le kinyarwanda, estimant que cette décision soulève des interrogations sur la lutte contre l’incitation à la haine ethnique.
Le Rwanda questionne la qualification des groupes armés
Le représentant rwandais a par ailleurs contesté l’utilisation de l’expression “groupes d’autodéfense” pour désigner certains groupes armés combattant aux côtés des FARDC, notamment les Wazalendo.
Il a fait valoir que, selon les éléments qu’il a présentés, ces formations auraient reçu des armes et des financements de l’État congolais, participé à des opérations conjointes avec l’armée et été intégrées à la réserve de défense prévue par la législation congolaise.
Il a appelé à appliquer des critères objectifs et identiques à tous les groupes armés, y compris Twirwaneho, en tenant compte de leurs activités et de leurs conséquences sur les populations civiles.
Un appel à une responsabilité équitable des parties
En conclusion, Martin Ngoga a estimé que les processus de Washington et de Doha ne produiraient des résultats durables que si les engagements pris étaient effectivement appliqués et vérifiés.
Il a notamment appelé à une responsabilité équitable du Rwanda et de la RDC dans la mise en œuvre des accords, dénonçant ce qu’il considère comme une attention internationale disproportionnée portée aux obligations du Rwanda, au détriment de celles de Kinshasa.
“Le succès et la crédibilité des accords de Washington dépendent de la responsabilité égale des deux parties”, a-t-il déclaré en substance, réaffirmant que le Rwanda était disposé à soumettre ses propres engagements à une vérification.
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