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Dafroza Mukarumongi-Gauthier s’éteint des suites d’une maladie

Dafroza Mukarumongi-Gauthier s’éteint des suites d’une maladie

Le Rwanda perd une voix qui, pendant des décennies, aura porté la mémoire des victimes et défendu leur droit à la justice. Son parcours restera associé à un engagement constant contre l’impunité et pour la transmission de l’histoire du génocide perpétré contre les Tutsi.

Dafroza Mukarumongi Gauthier, figure connue pour son engagement en faveur de la justice pour les victimes du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, est décédée des suites d’une maladie, rapporte IGIHE.

Pendant plusieurs décennies, cette Rwandaise établie en France avait consacré une partie importante de sa vie à rechercher la justice pour les victimes du génocide et à œuvrer pour que les personnes soupçonnées d’y avoir participé et vivant en France soient traduites devant la justice.

Avec son époux, Alain Gauthier, elle avait fondé le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), une organisation qui a rassemblé des témoignages et des éléments de preuve utilisés dans les procédures engagées contre des personnes soupçonnées d’implication dans le génocide vivant en France.

Une histoire personnelle marquée par le génocide

Née à Butare en 1954, Dafroza Gauthier avait étudié la chimie à l’université en France. Le génocide a profondément marqué son histoire personnelle. Près de 80 membres de sa famille ont été tués.

En février 1994, Dafroza se trouvait encore à Kigali. Alors que la situation sécuritaire se détériorait, sa mère lui avait conseillé de retourner en France. Elle avait tenté de convaincre les membres de sa famille de quitter le pays, sans y parvenir. Elle ne devait plus jamais les revoir.

Après le génocide, cette tragédie familiale allait nourrir un engagement qui ne devait plus la quitter. Avec son époux Alain Gauthier, elle a commencé dès 1996 à œuvrer en faveur de la justice pour les victimes. En 2001, ils ont créé le CPCR.

Des décennies consacrées à la justice

Leur travail consistait notamment à rechercher en France les personnes soupçonnées d’avoir participé au génocide, à se rendre au Rwanda pour recueillir des éléments de preuve sur les lieux des crimes, à rencontrer des survivants et des personnes détenues et à constituer des dossiers destinés à la justice.

Dafroza Gauthier a également apporté son concours à la traduction en français de documents rédigés en kinyarwanda et utilisés dans des procédures judiciaires. Sa connaissance de la langue, de l’histoire et de la société rwandaises a contribué au travail de collecte et de compréhension des éléments de preuve.

Son engagement ne se limitait pas aux tribunaux. Avec son mari, elle intervenait également dans des écoles et des universités pour transmettre aux jeunes l’histoire du génocide, contribuer à la préservation de sa mémoire et lutter contre sa négation.

Pour Dafroza, la justice était aussi une manière de restituer leur dignité aux victimes. Elle considérait que les procès permettaient de faire connaître leurs noms, leurs histoires et ce qu’elles avaient vécu, plutôt que de les réduire à de simples chiffres.

Une reconnaissance au Rwanda

Pour leur engagement, Dafroza et Alain Gauthier ont reçu des mains du président Paul Kagame, le 18 novembre 2017, le prix “Impeta y’Igihango”, une distinction décernée à des personnes ayant accompli des actions remarquables sur la scene nationale et internationale.

Le parcours du couple a également été retracé dans un ouvrage intitulé “Rwanda, à la poursuite des génocidaires,” publié en 2023. Écrit par le journaliste Thomas Zribi, avec les illustrations de Damien Roudeau, le livre est précédé d’une préface de l’artiste et écrivain Gaël Faye.

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