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Procès Munyemana: La justice française referme un long chapitre sans éteindre la quête de vérité

Procès Munyemana: La justice française referme un long chapitre sans éteindre la quête de vérité
Munyemana arrive à la cour d’assises de Paris, accompagné de son avocate Me Florence Bourg, le 14 novembre 2023 / AFP

Par Fulgence Niyonagize

Après plus de trente années d’attente, la justice française a confirmé, le 23 octobre 2025, la condamnation de l’ancien gynécologue rwandais Sosthène Munyemana à 24 ans de réclusion criminelle pour son rôle dans le génocide perpétré contre  des Tutsi en 1994. Cette décision, rendue par la cour d’assises d’appel de Paris, vient clore un long parcours judiciaire tout en ravivant les mémoires et les émotions des deux côtés.

Durant trois semaines d’audience, juges, avocats et témoins se sont succédé pour revisiter les faits commis à Tumba, dans la préfecture de Butare (actuel district de Huye en province du Sud, au Rwanda).

Selon l’accusation, le docteur Munyemana aurait participé à la mise en place de barrages, à la rédaction d’un texte de soutien au gouvernement intérimaire et à la détention de civils tutsi dans les locaux du secteur avant leur transfert vers les lieux d’exécution.

«Nous avons attendu trente ans pour ce moment», a déclaré, à la sortie du tribunal, Marie Mukarurinda, rescapée de Tumba et témoin lors du procès. «Ce verdict ne nous rendra pas nos proches, mais il confirme que la vérité finit toujours par triompher.»

De son côté, la défense a dénoncé un procès injuste, reposant sur des témoignages lointains et fragiles. Me Jean-Baptiste Mingamanga, avocat de l’accusé, a affirmé à France 24 que son client n’a jamais participé à des réunions ou actions incitant à la haine, rappelant que le médecin avait soigné aussi bien des Hutu que des Tutsi.

Dr Munyemana lui-même, impassible durant le verdict, a déclaré: «Je condamne le génocide perpétré contre des Tutsi en 1994, mais je n’en ai jamais été acteur. L’histoire retiendra ma vérité.»  Malgré ces affirmations, la cour a jugé les témoignages concordants de plusieurs rescapés crédibles et confirmant son rôle actif dans l’organisation du génocide.

Par ailleurs, pour de nombreuses associations, notamment IBUKA-France et le Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), cette décision marque une étape essentielle. «Ce procès prouve que la justice internationale peut encore fonctionner, même des décennies après les faits», a souligné Alain Gauthier, président du CPCR, qui avait déposé plainte dès 1995. Les rescapés y voient une reconnaissance tardive mais essentielle: «Chaque procès nous redonne un peu de dignité. Il montre que ceux qui ont fui ne peuvent échapper à la justice éternellement», confie Vestine Ntamuhanga, dont le père fut tué à Butare.

Une leçon de justice universelle

Pour les Rwandais installés en France et mis en cause dans des dossiers similaires, ce verdict fait désormais figure d’avertissement. En effet, plusieurs enquêtes sont toujours en cours, notamment celles visant d’anciens responsables administratifs et religieux réfugiés en Europe. Ces procédures, souvent longues et complexes, montrent que la compétence universelle permet de combler les vides laissés par l’exil.

Comme l’explique à RFI, le Dr Emmanuel Nkurunziza, historien rwandais basé à Lyon, «ces procès ne sont pas une vengeance, mais une responsabilité partagée. Ils rappellent que le génocide n’a pas seulement eu lieu au Rwanda; il a aussi laissé ses traces dans les consciences et les diasporas

Le cas Munyemana est le septième procès tenu en France en lien avec le génocide perpétré contre les Tutsi. D’autres suivront: des dossiers concernant d’anciens leaders politiques, enseignants et prêtres sont encore instruits par le Pôle crimes contre l’humanité du tribunal de Paris.

Ainsi, pour les chercheurs en droit international, cette dynamique illustre un changement profond: la France assume désormais pleinement son rôle judiciaire dans la poursuite génocidaires, après des décennies d’hésitations diplomatiques. Mais pour les rescapés, la quête de justice reste inachevée. «Tant que des responsables vivent tranquillement à l’étranger, notre deuil est suspendu», déplore à nouveau Marie Mukarurinda.

Une justice tardive, mais nécessaire

En définitive, le procès en appel de Sosthène Munyemana dépasse le seul cadre judiciaire. Il témoigne à la fois de la résilience du système judiciaire international et du besoin profond des victimes de voir la vérité reconnue.

Trente ans après, les mots prononcés à Paris résonnent encore à Butare, Kigali et dans toute la diaspora rwandaise: la justice peut être lente, mais elle reste possible et nécessaire.

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