Crise post-électorale en Tanzanie: le Prof. Lumumba recommande dialogue, réforme constitutionnelle et inclusion politique
Par Fulgence Niyonagize
La Tanzanie fait face à une tempête politique qu’elle n’a jamais connue depuis son indépendance. À la suite des élections controversées du 29 octobre 2025, des manifestations ont éclaté dans plusieurs villes, provoquant un profond malaise à travers le pays.
Dans une interview accordée à la chaîne YouTube Thee Alfa House, le professeur kényan et pan-africaniste P.L.O. Lumumba a qualifié la situation d’« inédite et profondément anti-tanzanienne». Il a exhorté la présidente Samia Suluhu Hassan à engager sans délai un dialogue national, à collaborer avec l’opposition et à reconnaître les erreurs qui ont conduit à cette crise. « La Tanzanie a toujours été un modèle de stabilité politique en Afrique », a déclaré Lumumba. « Ce que nous voyons aujourd’hui est une rupture avec cet héritage. »
De l’unité à la discorde
Le professeur Lumumba a retracé le parcours politique de la Tanzanie, depuis l’union entre le Tanganyika et Zanzibar en 1964 jusqu’à la stabilité incarnée par le parti au pouvoir, le Chama Cha Mapinduzi (CCM).
Sous la direction de Julius Nyerere et de ses successeurs, Mwinyi, Mkapa, Kikwete, Magufuli, puis Samia Suluhu Hassan, le pays avait connu des transitions pacifiques et exemplaires. « Lorsque la présidente Samia a pris les rênes après le décès de Magufuli, il y avait un espoir réel », a rappelé Lumumba.
« Elle avait tendu la main à l’opposition, invité ses dirigeants au Palais présidentiel, et même permis le retour d’exil de Tundu Lissu (un opposant politique tanzanien Ndlr). Mais ce qui a suivi, accusations de trahison, disqualifications, intimidations, a choqué tous ceux qui croyaient encore au modèle démocratique tanzanien. »
Selon lui, la crédibilité du scrutin de 2025 a été compromise dès lors que certains candidats de l’opposition ont été exclus ou arrêtés. « Même si la présidente Samia aurait pu l’emporter, la manière dont la victoire a été obtenue la rend entachée », a-t-il estimé.
Pour Lumumba, la crise tanzanienne n’est qu’un reflet d’un mal plus profond qui touche de nombreux pays africains et qui devrait être un avertissement pour tout le continent. « Du Kenya au Nigeria, du Sénégal au Soudan, les élections suscitent aujourd’hui la peur plutôt que la fierté », a-t-il déploré. « Comment ce qui devait permettre au peuple de choisir ses dirigeants est-il devenu une source de division et d’instabilité ? »
Il a appelé les dirigeants africains à repenser leurs systèmes politiques et leurs constitutions :« Nous avons hérité de structures coloniales qui nous divisent plus qu’elles ne nous unissent. Il est temps d’adapter nos constitutions à nos réalités et à nos valeurs africaines. »
“Si les dirigeants ne pensent pas pour la jeunesse…”
En conclusion, le professeur Lumumba a lancé un message direct à la présidente Samia Suluhu Hassan et à son gouvernement : « Ne considérez pas cette crise comme une simple tempête dans un verre d’eau. C’est grave. C’est dangereux. Et cela doit être affronté. »
Il recommande un triple remède : dialogue, réforme constitutionnelle et inclusion politique.« Engagez l’opposition », a-t-il insisté. « Ce sont aussi des Tanzaniens, ils représentent des voix qu’on ne peut pas réduire au silence. »
Et de conclure par une mise en garde devenue virale :« Si les dirigeants ne pensent pas pour la jeunesse, la jeunesse pensera pour elle-même. »
Pour Lumumba, l’avenir de la Tanzanie dépend désormais de la capacité de ses dirigeants à choisir entre le dialogue ou la division.
Une prestation de serment sous tension
La présidente Samia Suluhu Hassan a prêté serment pour un nouveau mandat le 3 novembre 2025, lors d’une cérémonie tenue à Dodoma sous haute surveillance. L’événement s’est déroulé dans un climat de tensions et de méfiance, marqué par une forte présence militaire et l’absence remarquée de plusieurs figures de l’opposition.
Alors que ses partisans saluaient la « victoire de la stabilité », ses détracteurs dénonçaient un scrutin entaché d’irrégularités et d’exclusions politiques. Dans les rues, le calme restait précaire, et les appels au dialogue lancés par la société civile et des voix panafricanistes comme le professeur Lumumba trouvaient un écho grandissant.
Au moment où elle entame ce nouveau mandat, Samia Suluhu se retrouve face à un double défi : rétablir la confiance du peuple et préserver l’héritage démocratique d’une nation longtemps citée en exemple sur le continent africain.
Vous pouvez suivre l’intégralité de l’interview ici

