“Notre sécurité nationale est non négociable”, déclare l’ambassadrice Mukantabana à Washington
Devant le Sous-Comité des Affaires étrangères de la Chambre des représentants des États-Unis, l’Ambassadrice du Rwanda aux États-Unis, Mathilde Mukantabana, a affirmé que la sécurité nationale rwandaise est non négociable, tout en soulignant l’importance du processus de paix en cours avec la République démocratique du Congo (RDC) après la signature des Accords de Washington.
L’ambassadrice a présenté devant les parlementaires américains la position officielle du Rwanda sur les enjeux de sécurité, les violences récentes en RDC et la mise en œuvre du processus de paix.
D’emblée, Mme Mukantabana a exprimé la reconnaissance du Gouvernement rwandais envers l’administration américaine, en particulier envers le président Donald Trump, pour leur rôle dans le soutien au processus de paix entre Kigali et Kinshasa.
Elle a salué la signature des Accords de Washington, qualifiés de “progrès sérieux vers une stabilité, une sécurité et une prospérité durables” pour la région, remerciant notamment le secrétaire d’État Marco Rubio, le vice-président Vance et plusieurs hauts responsables américains.
Violences et acteurs non responsables
L’ambassadrice a ensuite évoqué la montée des violences à l’est de la RDC en décembre 2025, seulement quelques semaines après la signature des accords. Elle a pointé du doigt des acteurs non responsables, notamment des milices, des mercenaires et des forces apparemment soutenues par des entités étatiques, qui opèrent en marge des cadres convenus par les Accords de Washington et les négociations menées avec le groupe rebelle AFC/M23.
Selon sa déclaration, ces acteurs auraient cherché à déstabiliser le processus en fomentant de graves affrontements juste avant et après la signature, “croyant pouvoir rejeter la responsabilité sur le Rwanda”. En réponse, l’AFC/M23 a procédé à un retrait de certaines positions autour d’Uvira — geste interprété par le Rwanda comme un signe d’engagement envers la désescalade.
Un impératif historique de sécurité
S’appuyant sur l’histoire tragique de la région, l’ambassadrice Mukantabana a rappelé les origines des tensions actuelles, notamment l’insurrection dite des Abacengezi (infiltrés). Cette insurrection, menée par des éléments génocidaires qui avaient fui au Congo après le génocide contre les Tutsi en 1994, a évolué en ce qui est aujourd’hui connu sous le nom de Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR).
L’organisation a perpétré des atrocités tant contre des civils rwandais que congolais au fil des décennies, et représente selon une menace persistante à la sécurité régionale.
La diplomate a expliqué que ce passé sanglant souligne l’importance pour le Rwanda de conserver des mesures de défense efficaces, destinées à prévenir toute recrudescence d’un mouvement transfrontalier capable de mettre en péril la stabilité du pays.
Clarification de l’engagement rwandais
Réaffirmant que le Rwanda ne cherche pas à s’ingérer dans les affaires politiques internes de la RDC, l’ambassadrice a souligné que la coopération avec l’AFC/M23 répond à des impératifs de sécurité ciblés, notamment la protection des populations contre les FDLR et autres milices extrémistes.
Elle a précisé que cette coopération ne vise pas à soutenir des mouvements armés comme substitut à une gouvernance inclusive, mais repose sur la nécessité de prévenir une nouvelle insurrection génocidaire.
Voie à suivre sous les Accords de Washington
Le document des Accords de Washington inclut un Concept d’Opérations (CONOPS) qui fixe des objectifs mesurables, tels que la neutralisation et le rapatriement des combattants FDLR, le démantèlement de leurs structures logistiques et l’arrêt de tout soutien officiel à ces forces.
L’ambassadrice a expliqué que le Rwanda s’est engagé à une réduction graduelle de ses mesures de sécurité en fonction de l’avancement de ces jalons, sous supervision indépendante.
Au-delà des aspects sécuritaires, les Accords prévoient également une intégration économique régionale, avec des opportunités de commerce, d’investissements et d’infrastructures communes entre le Rwanda et la RDC.
Selon Mme Mukantabana, le potentiel de développement économique qui pourrait découler de cette paix durable est immense, notamment dans les secteurs des ressources naturelles, des transports et du tourisme.
En conclusion, l’ambassadrice a souligné que la vie des survivants du génocide, les millions de vies affectées par des décennies de conflit et la volonté de paix de toute une région exigent une mise en œuvre rigoureuse des engagements pris.
Elle a appelé les partenaires internationaux , les États-Unis, l’Union africaine, le Qatar et les Nations unies, à soutenir pleinement l’application des Accords de Washington pour transformer cette opportunité historique en une paix durable et fructueuse pour les peuples rwandais et congolais.

