Procès d’Ingabire Victoire Umuhoza: la défense invoque des obstacles à la préparation du dossier, l’audience renvoyée au 16 juin
L’ouverture du procès au fond de Victoire Ingabire Umuhoza devant la Haute Cour de Kigali a été marquée, le lundi 15 juin 2026, par un débat de procédure autour des conditions de préparation de sa défense. L’opposante politique a déclaré ne pas être en mesure de comparaître sur le fond, invoquant plusieurs obstacles qu’elle estime incompatibles avec l’exercice de ses droits.
Poursuivie pour plusieurs infractions, notamment la création d’une organisation criminelle, l’incitation à des troubles, la diffusion de fausses informations, la propagation d’une idéologie hostile à l’État rwandais à l’étranger, la diffusion de rumeurs, le complot contre les autorités établies et l’organisation de manifestations illégales, Victoire Ingabire Umuhoza comparaissait pour la première fois sur le fond de cette affaire.
Selon l’accusation, ces faits seraient liés à des formations organisées en 2021 au profit de membres du parti DALFA-Umurinzi, une formation politique non reconnue au Rwanda. Ces sessions auraient été basées sur l’ouvrage Blueprint for Revolution, écrit par l’activiste serbe Srdja Popovic.
Une défense qui dénonce des restrictions
Avant même que le ministère public ne présente les charges retenues contre elle, Victoire Ingabire Umuhoza a demandé la parole pour signaler qu’elle ne se considérait pas en état de préparer convenablement sa défense.
Elle a indiqué que ses avocats, Me Gatera Gashabana, Me Bruce Bikotwa et Me Félicien Gashema, avaient adressé plusieurs correspondances à la juridiction afin de l’alerter sur les difficultés rencontrées.
La prévenue a notamment expliqué qu’elle souhaitait pouvoir échanger avec ses coaccusés afin de préparer sa stratégie de défense, en particulier sur les chefs d’accusation liés à la création présumée d’une organisation criminelle et au complot contre les autorités établies.
Selon elle, les autorités pénitentiaires ne lui ont pas permis de rencontrer les autres personnes poursuivies dans ce dossier.
Victoire Ingabire Umuhoza a également évoqué des difficultés de communication avec sa famille, résidant à l’étranger. Elle a affirmé n’être autorisée à s’entretenir qu’avec son époux, actuellement hospitalisé, sans pouvoir échanger avec ses enfants.
La prévenue a en outre fait état de préoccupations liées à ses conditions de détention, citant l’accès irrégulier à certains produits de première nécessité, tels que le dentifrice et des produits de soin, ainsi que des restrictions qu’elle dit rencontrer dans l’exercice de sa pratique religieuse.
Ses avocats ont soutenu ces arguments et demandé à la cour de prendre des mesures pour garantir à leur cliente des conditions de préparation conformes aux droits de la défense. Me Gatera Gashabana a notamment suggéré qu’une visite de la juridiction à l’établissement pénitentiaire puisse être envisagée afin d’évaluer la situation.
Le ministère public dénonce une manœuvre dilatoire
Le parquet a rejeté l’ensemble des arguments avancés par la défense, estimant qu’ils ne constituaient pas des motifs juridiques suffisants pour reporter l’audience.
Le représentant du ministère public a soutenu qu’aucune disposition légale n’imposait que des coaccusés puissent se rencontrer pour préparer leur défense. Selon lui, la seule restriction susceptible de porter atteinte aux droits fondamentaux de la prévenue serait une impossibilité d’accéder à ses avocats, ce qui ne serait pas le cas.
Concernant la pratique religieuse, le parquet a rappelé que les personnes détenues au Rwanda disposent du droit de pratiquer leur culte.
S’agissant des produits de première nécessité évoqués par la prévenue, le ministère public a estimé que ces éléments ne relevaient pas de questions susceptibles de justifier le renvoi de l’affaire, soulignant qu’elle avait accès aux services médicaux de l’établissement pénitentiaire.
L’audience reportée au 16 juin
Au cours des échanges, le président de la formation de jugement a demandé à Victoire Ingabire Umuhoza de préciser le nombre de rencontres qu’elle souhaitait avoir avec ses coaccusés afin de préparer sa défense. La prévenue a indiqué qu’au moins quatre réunions lui sembleraient nécessaires.
La cour a également invité les avocats à produire les documents attestant des démarches entreprises auprès de l’administration pénitentiaire et des autorités compétentes.
À l’issue des débats, la Haute Cour de Kigali a décidé de suspendre l’audience et de renvoyer l’examen du dossier au mardi 16 juin 2026 à 11 heures.
Source: IGIHE

