À Mahama, une finale enflammée fait du sport un trait d’union entre les réfugiés
Dès les premières heures, Mahama prend des airs de fête. Ce dimanche 30 août 2026, le soleil de fin d’août se lève sur Mahama, dans le district de Kirehe. Aux abords du camp, l’atmosphère n’est pas celle d’un dimanche ordinaire.
Les maillots sont de sortie. Les supporters arrivent par groupes. On entend déjà les chants, les applaudissements et les cris d’encouragement. Sur les terrains, les joueurs s’échauffent, concentrés, pendant que les spectateurs cherchent le meilleur endroit pour suivre les finales.
À quelques kilomètres de là, les eaux de l’Akagera poursuivent tranquillement leur chemin, à la frontière entre le Rwanda et la Tanzanie. Mais à Mahama, ce sont les terrains de sport qui attirent tous les regards.
Après une semaine de compétition, l’heure est venue de connaître les champions de la quatrième édition du Tournoi inter-camps.
Une semaine pour courir, marquer, combattre… et se rencontrer
Du 24 au 30 août, Mahama a accueilli cette compétition organisée par le ministère chargé de la Gestion des urgences (MINEMA), en collaboration avec le HCR et plusieurs partenaires.

Au total, 725 participants répartis dans 46 équipes ont pris part au tournoi. Ils sont venus de Mahama, Nyabiheke, Mugombwa, Kiziba, Kigeme, du centre de transit de Nkamira, du centre de transit d’urgence de Gashora et de la communauté des réfugiés vivant en milieu urbain.
Sur les terrains, six disciplines ont occupé les journées: football, basketball, volleyball, sitting volleyball, karaté et taekwondo.
Mais derrière les scores et les médailles, l’objectif était plus large. Le tournoi voulait offrir aux enfants et aux jeunes un espace sûr et constructif pendant les vacances scolaires, les éloigner des activités à risque et leur permettre de découvrir ou de développer leurs talents.
Quand les supporters deviennent les douzièmes joueurs
Pour les finales, Mahama change complètement de visage. Plus de 30 000 réfugiés, habitants des communautés voisines et acteurs humanitaires se retrouvent autour des terrains pour assister aux dernières confrontations.
Dans les tribunes improvisées, chacun a son équipe. Quand un joueur accélère, les voix montent. Lorsqu’un panier est marqué, les applaudissements éclatent. À chaque point décisif au volleyball, les supporters retiennent leur souffle avant de laisser exploser leur joie.

Le sport devient alors un spectacle, mais aussi un langage commun.
Pendant quelques heures, les différences s’effacent derrière les couleurs des équipes, les chants et l’envie de voir son camp décrocher la victoire.
Mahama, Nyabiheke et Mugombwa s’installent au sommet
Au coup de sifflet final, les résultats commencent à dessiner le palmarès de cette quatrième édition.
En football, Mahama s’adjuge le titre, tandis que Nyabiheke termine deuxième.
En basketball masculin, Nyabiheke décroche la première place devant Mugombwa. Chez les femmes, Mahama monte sur la plus haute marche du podium, devant Kiziba.
Au volleyball masculin comme féminin, Mugombwa confirme sa domination. Le camp remporte les deux titres, devant Mahama dans les deux catégories.
En sitting volleyball, Mahama s’impose également, tandis que Mugombwa termine deuxième.

L’une des particularités de cette compétition réside dans sa volonté d’être ouverte au plus grand nombre. Les femmes et les hommes ont participé aux différentes épreuves. Les personnes vivant avec un handicap ont également trouvé leur place dans le tournoi, notamment à travers le sitting volleyball.
Sur le tatami et dans les espaces consacrés aux arts martiaux, le karaté et le taekwondo ont apporté une autre dimension à la compétition: celle de la maîtrise de soi, de la discipline et de la précision.
En karaté, douze équipes et douze athlètes individuels ont été récompensés. Le taekwondo a également réuni de nombreux jeunes dans différentes catégories.
Des coupes, des médailles… mais aussi des messages
Après les dernières rencontres, l’excitation des terrains laisse progressivement place à la cérémonie de remise des prix.
Les coupes passent de main en main. Les médailles brillent autour des cous. Les chèques récompensent les meilleures performances.

Mais les organisateurs ne veulent pas que cette journée s’arrête aux célébrations.
Les messages de sensibilisation occupent également une place importante. Les jeunes sont appelés à se protéger contre les drogues et les boissons alcoolisées illicites, à prévenir le VIH et à éviter les grossesses non planifiées.
“Les réfugiés ont aussi droit aux loisirs” – Aristaque Ngoga
Dans son message, le secrétaire permanent du ministère chargé de la Gestion des urgences, Aristaque Ngoga, rappelle que les réfugiés ont droit aux loisirs et aux activités sportives.
Pour lui, le tournoi est surtout une occasion de rapprocher les habitants des différents camps, de leur permettre de se rencontrer, de créer des liens et de partager un moment de détente.
Il encourage particulièrement les jeunes à se détourner des drogues et des autres comportements susceptibles de compromettre leur avenir.

Le choix de tenir cette compétition pendant les grandes vacances scolaires n’est d’ailleurs pas anodin. Il permet aux élèves de participer à des activités encadrées pendant une période où ils sont éloignés des salles de classe.
Une victoire qui dépasse les tableaux de résultats
Lorsque les dernières récompenses sont remises, la quatrième édition du Tournoi inter-camps touche à sa fin.
Les champions repartent avec leurs coupes, leurs médailles et leurs chèques. Mais au-delà du palmarès, chacun repart avec quelque chose de plus difficile à mesurer : des rencontres, des souvenirs et le sentiment d’avoir appartenu, pendant une semaine, à une même aventure sportive.
Dans un Rwanda qui accueille près de 150 000 réfugiés, principalement originaires du Burundi, de la République démocratique du Congo, du Soudan et d’autres pays, de tels moments prennent une résonance particulière.
À Mahama, le sport n’a donc pas seulement désigné des vainqueurs.
Il a rassemblé des jeunes, rapproché des communautés, fait émerger des talents et offert, le temps d’une semaine, un espace où chacun pouvait courir, jouer, combattre, applaudir et simplement profiter de la fête.

Et lorsque le soleil a commencé à décliner sur Mahama, les terrains se sont peu à peu vidés. Les chants se sont éloignés. Les maillots ont disparu dans la foule.
Mais l’esprit du tournoi, lui, semblait encore flotter dans l’air: celui d’un sport capable de transformer une compétition en rencontre et une finale en véritable fête communautaire.

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