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Édouard Balladur, ancien Premier ministre de Mitterrand, meurt sans avoir renié sa position sur le rôle de la France dans le génocide contre les Tutsi

Édouard Balladur, ancien Premier ministre de Mitterrand, meurt sans avoir renié sa position sur le rôle de la France dans le génocide contre les Tutsi
L'ancien Premier Ministre Edouard Balladur dans la Salle Matignon du cabinet d'Avocats HHR.

Par Oscar Niyonizera

Édouard Balladur, Premier ministre français de 1993 à 1995 sous la présidence de François Mitterrand, est mort lundi 31 août 2026 à Paris, à l’âge de 97 ans.

Sa disparition laisse derrière elle le parcours d’un homme politique qui figurait parmi les principaux responsables de l’État français au moment où le Rwanda traversait l’une des périodes les plus tragiques de son histoire. Elle intervient également alors que Balladur n’a jamais renié ses positions sur la politique menée par la France au Rwanda avant et pendant le génocide contre les Tutsi en 1994.

Balladur dirigeait le gouvernement français lorsque le génocide contre les Tutsi a commencé en avril 1994. En l’espace d’une centaine de jours, plus d’un million de Tutsi ont été exterminés au Rwanda.

 Un Premier ministre au cœur de la politique française au Rwanda

Nommé Premier ministre en mars 1993, Édouard Balladur a exercé ses fonctions jusqu’en mai 1995. Il était ainsi l’un des principaux responsables politiques français lorsque la situation rwandaise s’est rapidement détériorée, jusqu’au déclenchement du genocide.

Sous son gouvernement, la France a notamment poursuivi son engagement militaire et politique au Rwanda. Celui-ci a culminé avec le lancement de l’opération Turquoise, une intervention militaire française menée au Rwanda à partir de juin 1994 sous mandat des Nations unies.

Cette opération demeure aujourd’hui au centre des débats sur le rôle de la France pendant le génocide. Ses défenseurs soutiennent qu’elle avait notamment pour objectif de protéger les populations menacées et de contribuer à mettre fin aux massacres.

Balladur défend jusqu’au bout la politique française

Après le génocide, Édouard Balladur a continué à défendre les choix effectués par la France au Rwanda, notamment concernant l’opération Turquoise.

En 2021, après la publication du rapport de la commission présidée par l’historien Vincent Duclert sur le rôle de la France au Rwanda, Balladur a rejeté les conclusions mettant en cause la responsabilité française. Il estimait notamment que la France n’avait pas à présenter d’excuses pour son rôle au Rwanda.

Cette position contrastait avec l’évolution progressive du discours officiel français.

Publié en mars 2021, le rapport Duclert a conclu que la France portait des “responsabilités lourdes et accablantes” dans la trajectoire qui avait conduit au génocide contre les Tutsi. La commission n’a toutefois pas conclu à une complicité directe de la France dans le génocide.

 Macron amorce une rupture avec le discours de l’époque Mitterrand

Après la publication du rapport Duclert, le président Emmanuel Macron a poursuivi une démarche de reconnaissance des responsabilités et des erreurs de la France au Rwanda.

 

Lors de sa visite à Kigali en mai 2021, Emmanuel Macron s’est rendu au Mémorial du génocide de Gisozi. Dans un discours particulièrement attendu, il a reconnu la responsabilité de la France dans le processus ayant conduit au génocide et demandé aux survivants de lui accorder leur pardon.

Le président français a toutefois affirmé que la France n’avait pas été “complice” du génocide.

En 2024, Emmanuel Macron est allé plus loin dans la reconnaissance des responsabilités internationales. À l’occasion du 30e anniversaire du génocide contre les Tutsi, il a déclaré que la France et ses alliés disposaient des moyens d’intervenir pour arrêter les massacres, mais qu’ils n’en avaient pas eu la volonté politique.

Une mort qui ravive le débat sur l’héritage français au Rwanda

Édouard Balladur meurt à 97 ans après avoir fait partie des responsables politiques français les plus importants au moment où le Rwanda basculait dans le génocide.

Il disparaît sans avoir renié les choix de la France de cette époque, ni rejoint le mouvement de reconnaissance des responsabilités françaises qui s’est progressivement imposé au cours des dernières années.

Sa disparition pourrait ainsi contribuer à raviver le débat sur l’héritage de la France au Rwanda, notamment auprès des nouvelles générations françaises.

Entre les justifications avancées pendant des décennies par les responsables politiques de l’époque et les conclusions de plusieurs travaux historiques fondés sur l’ouverture progressive d’archives, la question du rôle de la France dans la tragédie rwandaise demeure l’un des dossiers les plus sensibles de l’histoire contemporaine franco-rwandaise.

La mort d’Édouard Balladur marque donc aussi la disparition d’un témoin et acteur politique majeur de cette période. Mais elle ne mettra pas fin aux interrogations sur les décisions prises à Paris avant et pendant le génocide contre les Tutsi, ni au débat sur la responsabilité historique de la France.

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