“Qui pourrait arrêter le génocide des Rwandophones tutsi en RDC ?” : Antoine Mugesera alerte sur les risques dans l’Est
C’est dans son bureau à Kacyiru que l’honorable Antoine Mugesera, membre du Rwanda Elders Advisory Forum (REAF), nous a reçus pour un entretien consacré à la situation dans la région des Grands Lacs. Calme et réfléchi, il consacre ses recherches à la recherche de solutions susceptibles de prévenir une nouvelle tragédie et de favoriser une paix durable.
Préoccupé par la situation des Rwandophones tutsi dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), Antoine Mugesera estime qu’il est urgent de lancer une alerte internationale face aux signes qu’il considère comme susceptibles de conduire à un génocide.
Cette réflexion est au cœur de son article intitulé “Qui pourrait arrêter le génocide des Rwandophones tutsi en RDC?”, publié dans le numéro spécial 211 de la revue scientifique Dialogue, consacré à la paix dans la région des Grands Lacs.
Ce numéro de 172 pages rassemble plusieurs contributions consacrées aux dynamiques historiques et contemporaines de la région. Sa présentation est prévue lors d’un café littéraire, le vendredi 25 septembre 2026 à Kigali.
Une alerte face au risque de génocide
Dans son analyse, Antoine Mugesera estime que la région des Grands Lacs reste confrontée à ce qu’il décrit comme une “idéologie genocidaire”, des discours de haine, des violences armées et une impunité persistante.
Il évoque particulièrement la situation des Tutsi banyamulenge et des Tutsi du Nord-Kivu, qu’il considère exposés à un risque de persécution et de violence collective. Selon lui, plusieurs signes doivent alerter la communauté internationale: les discours de haine, les persécutions politiques, la marginalisation, le refus de reconnaissance comme citoyens et l’impunité des auteurs de violences.
“Le génocide n’est jamais un accident, il se prepare”, écrit-il en substance, en retraçant dans son article plusieurs étapes historiques qu’il considère comme ayant contribué à la fragilisation des communautés rwandophones en RDC.
L’auteur revient notamment sur les héritages de la colonisation, les structures politiques mises en place depuis la création du Congo, les persécutions des Banyamulenge, le démantèlement de leurs structures traditionnelles, les massacres répétés visant des Rwandophones congolais et les difficultés liées à leur reconnaissance politique.
Il analyse également le rôle des FDLR, issues notamment de forces ayant participé au génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda en 1994, ainsi que les différentes étapes ayant conduit à la naissance du M23, sa défaite puis sa renaissance ainsi que sa situation actuelle.
Le M23 au centre de son analyse
Dans son article, Antoine Mugesera avance l’hypothèse selon laquelle le M23 disposerait aujourd’hui des moyens d’arrêter le processus génocidaire qu’il estime en cours.
Il fonde cette appréciation sur le fait que le mouvement est issu de cette région et affirme qu’il prétend défendre les populations locales plutôt que rechercher la vengeance. Selon son analyse, les zones passées sous son contrôle connaissent, à ses yeux, un retour de la sécurité et de certaines activités de développement.

L’auteur rapporte également que le président Félix Tshisekedi avait évoqué, lors de son intervention aux Nations unies le 24 septembre 2025, l’existence d’un “génocide silencieux” en RDC. Il relève toutefois que le chef de l’État congolais n’avait pas précisé, dans cette déclaration, quelle population était spécifiquement visée.
Antoine Mugesera mentionne aussi un communiqué publié quelques jours auparavant par l’AFC-M23, dans lequel le mouvement accusait les autorités de Kinshasa d’avoir commis des massacres, des crimes de guerre et des actes d’épuration ethnique, tout en dénonçant la propagation de discours de haine depuis Uvira, au Sud-Kivu.
Quatre hypothèses pour l’avenir de la RDC
Face à la persistance des conflits malgré les guerres et les accords de paix successifs, Antoine Mugesera ouvre enfin un débat sur une éventuelle reconfiguration institutionnelle ou territoriale de la RDC.
Il avance quatre hypothèses.
La première serait une fédération, dans laquelle des entités comme le Kivu, le Kasaï ou le Katanga … disposeraient d’une large autonomie tout en restant sous l’autorité de Kinshasa.
La deuxième s’inspire du Soudan du Sud, avec l’hypothèse d’un Kivu devenant une entité étatique distincte.
La troisième fait référence à la Yougoslavie, dont l’éclatement a donné naissance à plusieurs États indépendants.
Enfin, la quatrième s’appuie sur l’exemple de l’Érythrée et de l’Éthiopie, l’Érythrée étant devenue un État indépendant après avoir combattu pour sa séparation.
À travers ces différentes hypothèses, Antoine Mugesera appelle surtout à ne pas attendre une nouvelle catastrophe pour agir. Pour lui, les expériences passées montrent que les accords et les interventions successives n’ont pas suffi à mettre durablement fin aux violences. Son étude se veut ainsi avant tout une alerte sur les risques qu’il identifie et un appel à rechercher une solution durable à la crise des Grands Lacs.
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