“La RDC doit s’acquitter de son obligation sur les FDLR”: Olivier Nduhungirehe s’exprime en exclusivité sur Mama Urwagasabo
Dans une interview exclusive accordée à Mama Urwagasabo, diffusée ce mardi 15 septembre 2026, le ministre rwandais des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Olivier Nduhungirehe, revient sur les principaux dossiers qui façonnent la diplomatie du Rwanda dans les Grands Lacs: FDLR, mise en œuvre des accords de Washington, relations avec le Burundi et la Tanzanie, ainsi que le rapport avec la Belgique. Un entretien conduit par la journaliste Scovia Umutesi.
L’intérêt de cette interview réside dans cet exercice de questions-réponses. La journaliste confronte directement le chef de la diplomatie rwandaise aux dossiers du moment.

De la menace attribuée aux FDLR à la mise en œuvre des accords de Washington, en passant par les relations avec le Burundi, la Tanzanie et la Belgique, le ministre défend une diplomatie qui, selon lui, doit à la fois répondre aux impératifs de sécurité du Rwanda et préserver les possibilités de coopération régionale.
Question des FDLR: le Rwanda exige la mise en œuvre des engagements
La question des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) occupe une place centrale dans l’entretien.
Interrogé par Scovia Umutesi, Olivier Nduhungirehe estime que les engagements pris dans le cadre des accords de Washington ne peuvent être dissociés de la question du démantèlement de ce groupe armé.
Le Rwanda considère la présence des FDLR dans l’est de la RDC comme une menace pour sa sécurité et demande leur neutralisation.
Sur les accords de Washington, le Rwanda soutient que les engagements des deux parties doivent être appliqués de manière réciproque. Le gouvernement rwandais affirme notamment que la neutralisation des FDLR figure parmi les obligations de la RDC.
Au cours de l’interview, Scovia Umutesi revient précisément sur la mise en œuvre des engagements sécuritaires pris entre Kigali et Kinshasa.
Olivier Nduhungirehe soutient que la RDC ne remplit pas, sa part dans le processus lorsqu’il s’agit de démanteler les FDLR.
“La République démocratique du Congo (RDC) ne remplit pas sa part de responsabilité inscrite dans les accords de Washington. La RDC manque à son obligation de neutraliser et de démanteler ce groupe armé génocidaire que sont les FDLR. Pour le Rwanda, l’éradication complète de cette menace reste un préalable non négociable à toute paix durable.”

Cette position n’est pas nouvelle. Fin juillet, le ministre a rejeté le protocole annoncé par Kinshasa concernant le désarmement, la démobilisation et le cantonnement des FDLR, estimant que cette initiative ne correspondait pas aux engagements pris dans le cadre des accords de Washington.
Le Burundi: des relations toujours marquées par les divergences sécuritaires
Interrogé par Scovia Umutesi sur les relations entre Kigali et Gitega, Olivier Nduhungirehe évoque les divergences persistantes autour de la situation dans l’est de la RDC.
Le ministre reproche notamment au Burundi sa coopération avec Kinshasa dans les opérations contre l’AFC/M23 et estime que cette dynamique contribue, selon la lecture rwandaise, à fragiliser la sécurité des Banyamulenge et des Congolais tutsis.
“Le Burundi a fait le choix de s’allier aux forces armées de la RDC sur le terrain. Ensemble, ils combattent l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) tout en compromettant gravement la sécurité et la survie des populations Banyamulenge et des Tutsi congolais dans l’est de la RDC. Cette posture nuit directement à la stabilité régionale.”, a-t-il ajouté.
La Tanzanie: un partenaire régional stratégique
À l’est du Rwanda, le rapport avec la Tanzanie apparaît en revanche sous un jour beaucoup plus favorable.
Dans son échange avec Scovia Umutesi, le chef de la diplomatie rwandaise décrit une relation étroite entre Kigali et Dodoma.

Les contacts politiques sont réguliers entre les deux pays. Les chefs d’État se rendent visite et les ministres des Affaires étrangères entretiennent également des échanges suivis. “Nos relations avec la Tanzanie sont excellentes. Les échanges sont fluides et constants, aussi bien entre les Chefs d’État qu’au niveau des ministres des Affaires étrangères”, a-t-il expliqué.
Pour le Rwanda, la Tanzanie représente en outre un partenaire économique stratégique. Le corridor central et l’accès au port de Dar es-Salaam constituent des infrastructures essentielles pour les importations et exportations rwandaises.
Belgique: les relations diplomatiques restent rompues
L’entretien aborde également le dossier belge.
Depuis mars 2025, le Rwanda et la Belgique n’entretiennent plus de relations diplomatiques. Kigali avait alors annoncé la rupture immédiate des relations et demandé aux diplomates belges de quitter le pays. Bruxelles avait qualifié cette décision de disproportionnée.
Mais cette rupture diplomatique n’a pas fait disparaître tous les liens entre les deux pays.

Interrogé par Scovia Umutesi, Olivier Nduhungirehe souligne que des activités et des interactions continuent d’exister entre les populations des deux pays.
“Il faut distinguer deux choses. D’un côté, les relations diplomatiques officielles sont aujourd’hui suspendues. De l’autre, la coopération technique et les échanges humains se poursuivent sur certains points pratiques. Cela s’explique par le fait qu’il existe des ressortissants rwandais en Belgique et des citoyens belges au Rwanda dont nous devons préserver les intérêts.”
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