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OPFR: À Kigali, les journalistes rwandais interrogent l’avenir de leur profession

OPFR: À Kigali, les journalistes rwandais interrogent l’avenir de leur profession

À l’heure où les réseaux sociaux accélèrent la circulation de l’information et où l’intelligence artificielle transforme les pratiques professionnelles, les journalistes sont confrontés à une double exigence: préserver les fondamentaux de leur métier tout en s’adaptant aux évolutions technologiques et sociales. C’est autour de ces enjeux que dix journalistes rwandais se retrouvent, du 5 au 9 octobre, au Centre culturel francophone du Rwanda (CCFR), à Kigali.

Organisée par Médias & Démocratie (M&D) et l’Organisation de la Presse Francophone au Rwanda (OPFR), avec le soutien financier de l’ambassade de France au Rwanda, cette session de 30 heures de formation théorique réunit des journalistes ayant pris part à deux précédents cycles organisés entre avril et juin 2026.

L’ambition est de renforcer leurs connaissances, mais aussi de les amener à questionner leurs pratiques face aux défis qui traversent aujourd’hui le paysage médiatique.

La réflexion commence par les fondements mêmes de la profession. Le lundi 5 octobre, Stéphane Lepoittevin, président de Médias & Démocratie, a abordé les droits et les devoirs des journalistes, la distinction entre information et communication, ainsi que les textes qui encadrent l’exercice du métier. Au-delà des règles, ces questions renvoient à une exigence essentielle: produire une information rigoureuse, vérifiée et indépendante, dans le respect des responsabilités qui accompagnent le travail journalistique.

Cette exigence prend une dimension particulière face à la désinformation et aux discours de haine. Le lendemain, Patrick Nyiridandi, représentant légal de l’OPFR, a orienté les échanges vers les mécanismes de manipulation des tensions identitaires, le rôle des médias de la haine en 1994 et les nouveaux défis liés aux réseaux sociaux.

Dans un environnement où les contenus trompeurs peuvent circuler rapidement, le travail du journaliste ne consiste pas seulement à relayer des informations. Il suppose de les vérifier, de les replacer dans leur contexte et d’en mesurer les conséquences. Le développement de l’esprit critique apparaît ainsi comme un enjeu majeur, tant pour les professionnels des médias que pour les communautés auxquelles ils s’adressent.

La qualité de l’information dépend également de la manière dont la société est représentée dans les médias. Le mercredi 7 octobre, Michèle Iradukunda, représentante légale adjointe de l’OPFR, a consacré son intervention à la place des femmes dans les médias rwandais, aux stéréotypes et aux discriminations susceptibles d’influencer le traitement de l’actualité.

La question dépasse la seule présence des femmes dans les rédactions. Elle concerne aussi leur visibilité dans les sujets publiés, la diversité des sources consultées et la place accordée à leurs expériences et à leurs points de vue. Pour les journalistes, l’enjeu est de reconnaître les biais qui peuvent s’installer dans les pratiques éditoriales et de favoriser une couverture plus inclusive de la société.

Raconter les réponses, sans oublier leurs limites

Les deux dernières journées ouvrent une autre perspective : celle d’un journalisme qui ne s’arrête pas au constat des problèmes. Avec Stéphane Lepoittevin et Olivier Piot, respectivement président et directeur exécutif de Médias & Démocratie, les participants se penchent sur le journalisme de solutions, une démarche qui invite à enquêter sur les réponses apportées aux difficultés sociales, à en évaluer les résultats et à en examiner les limites.

Il ne s’agit ni d’atténuer la gravité des problèmes ni de présenter toute initiative comme une réussite. Cette approche repose au contraire sur l’enquête, la recherche de preuves et l’analyse critique. Elle conduit le journaliste à s’interroger sur les initiatives mises en œuvre, les résultats obtenus, les conditions de leur efficacité et les obstacles qui persistent.

Au-delà du récit des difficultés, le journalisme de solutions cherche ainsi à donner au public des éléments pour comprendre les réponses possibles et les enseignements qui peuvent en être tirés. Il ne renonce pas à sa fonction critique : il l’étend à l’examen des solutions elles-mêmes.

L’intelligence artificielle, entre possibilités et vigilance

La formation s’achève sur les effets de l’intelligence artificielle sur le travail journalistique. La question n’est plus seulement de savoir si ces technologies pourraient remplacer les journalistes, mais de comprendre comment elles modifient la collecte, le traitement, la vérification et la production de l’information.

L’IA offre de nouvelles possibilités aux professionnels des médias, mais son utilisation soulève également des questions de fiabilité, de vérification des contenus, de transparence et de responsabilité éditoriale. Les outils peuvent assister le journaliste, sans se substituer à son jugement ni à son obligation de vérifier ce qu’il publie.

La maîtrise de ces technologies suppose donc de savoir en exploiter les possibilités tout en identifiant leurs limites. Dans un métier fondé sur la confiance du public, la rapidité ne peut se faire au détriment de l’exactitude.

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Anastase Rwabuneza

Journaliste chevronné avec plus de 20 ans d'expérience, Anastase Rwabuneza est un expert accompli des médias.
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