Jusqu’où ira le régime Tshisekedi ? L’art de gouverner par le flou et la diversion
Par Kirenga Danny
La question mérite d’être posée. Depuis son arrivée au pouvoir en 2019, Félix Tshisekedi n’a cessé de promettre la paix, la stabilité et la restauration de la souveraineté nationale. Pourtant, six ans plus tard, le constat est alarmant : l’Est du pays s’enlise dans une guerre interminable, les groupes armés se multiplient, et le discours officiel tourne en boucle, usé jusqu’à la corde : le M23 est un groupe terroriste soutenu par le Rwanda, marionnette de Paul Kagame.
Ce narratif, s’il est en partie fondé par les rapports onusiens, semble désormais plus utile pour masquer l’errance stratégique du régime que pour résoudre la crise. Le gouvernement semble gouverner au jour le jour, dans un tâtonnement permanent, incapable de définir une ligne claire ni de produire des résultats tangibles.
La fabrique des ennemis : Kabila, Katumbi et l’illusion du contrôle

A défaut de solutions, le pouvoir préfère désigner des coupables. Joseph Kabila, hier allié, est devenu l’homme à abattre : présenté comme un chef rebelle de l’ombre, complice du M23, traître à la nation.
Même logique à l’égard de Moïse Katumbi: un jour patriote, le lendemain ennemi. Le régime hésite, manœuvre, accuse puis recule, dans une valse d’improvisation politique qui traduit une peur panique de toute voix dissonante. À force de diaboliser ses opposants, le pouvoir finit par révéler ses propres incertitudes.
Un Etat affaibli, une souveraineté fictive
Derrière les slogans patriotiques, le vide stratégique est criant. La désignation du M23 comme “groupe terroriste” n’a pas permis de changer la donne militaire. Les accusations contre les anciens dirigeants n’ont pas endigué l’effondrement de l’autorité de l’État à l’Est. Et dans cette confusion savamment entretenue, les populations civiles paient le prix fort: déplacements massifs, massacres, insécurité chronique.
Pire encore, Kinshasa semble désormais attendre que les puissances étrangères – États-Unis en tête – viennent “finir la guerre” à sa place. Quelle crédibilité reste-t-il alors à ce régime qui se veut souverain mais agit en spectateur de son propre territoire ?
Le régime Tshisekedi à l’épreuve du réel
Après six ans de gouvernance, le régime de Félix Tshisekedi apparaît comme un pouvoir qui improvise, accuse mais ne gouverne pas. La guerre à l’Est devient le miroir cruel d’un Etat qui peine à défendre ses citoyens, à construire une vision, à assumer ses responsabilités.
Si le président ne recentre pas son action sur des priorités claires — restaurer l’autorité de l’Etat, reconstruire une armée crédible, renouer avec une diplomatie proactive —, alors la question initiale prendra une autre tournure: non plus jusqu’où ira ce régime, mais jusqu’où ses propres contradictions le mèneront-elles?

