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Affaire Agathe Habyarimana: Ibuka salue la relance de l’enquête par la justice française

Affaire Agathe Habyarimana: Ibuka salue la relance de l’enquête par la justice française
Le président de l’Association Ibuka, Philbert Gakwenzire

L’association des rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi, Ibuka, a salué avec force la décision de la Cour d’appel de Paris d’annuler le non-lieu accordé à Agathe Habyarimana et d’ordonner la reprise de l’instruction judiciaire visant l’ancienne Première dame du Rwanda. Une décision qualifiée d’« historique » par les survivants, après plus de trois décennies d’attente.

Dans un communiqué publié au lendemain de la décision rendue le 6 mai 2026, Ibuka estime que cette nouvelle étape judiciaire constitue un pas en avant dans la lutte contre l’impunité des responsables présumés du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.

Les crimes contre l’humanité ne se prescrivent pas

Pour l’organisation, cette décision de la justice française vient rappeler un principe fondamental du droit international: les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles.

“Depuis 32 ans, les rescapés attendent que justice soit rendue. La justice retardée ne doit pas devenir une justice refuse”, affirme Ibuka, qui souligne que la relance de l’instruction redonne espoir à des milliers de survivants.

La chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris a annulé le non-lieu prononcé en août 2025 contre Agathe Habyarimana, épouse de l’ancien président Juvénal Habyarimana, et ordonné la poursuite des investigations pour complicité présumée de génocide et de crimes contre l’humanité.

Une figure associée au cercle du pouvoir génocidaire

Dans son communiqué, Ibuka rappelle qu’Agathe Habyarimana n’est pas une figure abstraite pour les rescapés du génocide.

L’association souligne qu’elle est depuis longtemps associée à “l’Akazu”, surnommé “le clan de Madame”, un cercle restreint de proches du pouvoir accusé d’avoir joué un rôle central dans la préparation et l’exécution du génocide perpétré contre les Tutsi entre avril et juillet 1994.

Selon plusieurs enquêtes et documents historiques cités dans différentes procédures judiciaires françaises, l’Akazu aurait exercé une influence considérable sur l’armée, l’administration publique et les médias extrémistes de l’époque.

Le génocide contre les Tutsi a fait plus d’un million de morts en cent jours.

Le témoignage bouleversant d’une rescapée

Ibuka a relayé le témoignage de Marie Chantal Niyonshuti, une survivante qui vivait à proximité immédiate de la résidence présidentielle à Kigali au moment du déclenchement du génocide.

Dans la nuit du 6 avril 1994, après l’attentat contre l’avion du président Juvénal Habyarimana, les familles tutsies vivant autour de la résidence présidentielle ont figuré parmi les premières victimes des massacres.

“Ma mère et mes sept frères et sœurs ont été assassinés cette nuit-là. Cela fait trente-deux ans que j’attends la justice”, témoigne-t-elle dans le communiqué.

Pour Ibuka, ce témoignage illustre la douleur persistante des survivants ainsi que l’urgence d’aboutir enfin à un procès.

Chaque retard renforce l’impunité

L’association insiste sur la lenteur exceptionnelle de cette procédure judiciaire ouverte en France en 2008.

Dix-huit années d’instruction se sont déjà écoulées, tandis que de nombreux survivants et témoins vieillissent ou disparaissent progressivement.

Ibuka avertit que chaque report ou blocage judiciaire renforce le sentiment d’impunité.

“Le temps presse depuis longtemps déjà”, souligne l’organisation, appelant les autorités judiciaires françaises à agir rapidement afin que la reprise de l’enquête ne devienne pas “un épisode supplémentaire dans une procédure sans fin”.

La France appelée à poursuivre tous les suspects présents sur son territoire

L’organisation des rescapés rappelle également que plusieurs procès liés au génocide des Tutsi jugés en France depuis 2014 ont conduit à des condamnations.

Ibuka estime donc que la justice française a démontré sa capacité à juger les auteurs présumés du génocide et l’appelle désormais à appliquer cette même détermination à tous les suspects vivant encore librement sur le territoire français.

“L’enjeu dépasse un seul dossier”, souligne le communiqué, qui pose une question plus large: celle de la capacité réelle des États à combattre l’impunité pour les crimes les plus graves.

Les rescapés prêts à collaborer avec la justice française

Ibuka affirme enfin que les survivants continueront de jouer un rôle central dans la manifestation de la vérité.

L’organisation assure que les témoignages, archives et mémoires conservés par les communautés de rescapés au Rwanda restent indispensables à la justice française.

Le président d’Ibuka, Philibert Gakwenzire, a déclaré que la décision de la Cour d’appel ne constitue pas “une Victoire”, mais “le minimum que les rescapés étaient en droit d’attendre”.

“Ce qui compte maintenant, c’est la suite. Nous demandons à la justice française d’être à la hauteur de ce que cette décision promet”, a-t-il affirmé.

Une procédure judiciaire suivie depuis près de deux décennies

Agathe Habyarimana vit en France depuis 1994. Plusieurs procédures judiciaires et administratives ont été engagées contre elle au fil des années, notamment concernant des accusations de complicité de génocide et de crimes contre l’humanité.

En 2009, le Conseil d’État français avait déjà refusé de lui accorder le statut de réfugiée, estimant qu’il existait des raisons sérieuses de penser qu’elle avait pu jouer un rôle dans le génocide.

La décision rendue le 6 mai 2026 marque ainsi un nouveau tournant majeur dans l’un des dossiers judiciaires les plus sensibles liés au génocide contre les Tutsi.

LA REDACTION

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