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Crise dans l’Est de la RDC: Il est temps d’examiner la responsabilité de Kinshasa

Crise dans l’Est de la RDC: Il est temps d’examiner la responsabilité de Kinshasa
Des alliances troublantes entre Kinshasa et les forces génocidaires

Depuis la publication du rapport du 25 mai 2025 du Groupe d’experts des Nations unies sur la République démocratique du Congo (RDC), la machine médiatique et diplomatique semble lancée : Kigali est accusé de soutenir le mouvement rebelle M23, de déstabiliser la région, voire de chercher à s’accaparer les ressources naturelles du Congo.

Ce récit, désormais bien rôdé, ignore pourtant une réalité tout aussi documentée dans ce même rapport : la part de responsabilité de l’État congolais dans l’aggravation du conflit, sa complicité avec des groupes armés génocidaires, ses violations des sanctions onusiennes et de la crise humanitaire qui en découle.

Des alliances troublantes avec des forces génocidaires

Selon le rapport, le gouvernement de la RDC continue de s’appuyer sur les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), un groupe armé composé d’anciens génocidaires rwandais, pourtant sanctionné par les Nations unies.

« Le Gouvernement de la RDC a continué à s’appuyer systématiquement sur les groupes Wazalendo, y compris les FDLR sanctionnés par l’ONU, pour combattre les AFC/M23 et les RDF. » (p. 18)

Cela signifie que, malgré les alertes internationales répétées, Kinshasa a noué une alliance stratégique avec une organisation qui incarne l’idéologie génocidaire et qui constitue une menace directe à la sécurité régionale.

Des violations claires du régime de sanctions

Plus grave encore, le rapport indique que le gouvernement congolais a fourni des fonds et du matériel logistique à ces milices, en violation directe du régime de sanctions de l’ONU:

« Le Gouvernement de la RDC a ensuite transféré de l’argent et du matériel logistique à ces groupes, en violation du régime de sanctions. » (p. 18)

Un tel acte, venant d’un Etat souverain, mine les mécanismes internationaux de paix et compromet sérieusement les efforts diplomatiques régionaux.

Une armée en déroute, une violence incontrôlée

Les Forces armées de la RDC (FARDC), censées protéger la population, sont décrites dans le rapport comme étant dans un état de désorganisation avancée :

«L’assassinat du général de division Cirimwami, la fuite du haut commandement des FARDC et la retraite massive ont laissé les groupes armés livrés à eux-mêmes, sans coordination. » (p. 18)

Ce vide sécuritaire a permis l’expansion rapide d’autres groupes armés, tout en précipitant des violations graves contre les civils. En se retirant, les FARDC et leurs alliés Wazalendo ont commis des actes de violence sexuelle, des pillages et des exécutions sommaires:

« Lors de leur retraite, les FARDC et les combattants Wazalendo ont commis des pillages à grande échelle, des violences sexuelles et des meurtres. » (p. 1)

Xénophobie et discours de haine en pleine ascension

Le rapport souligne également l’explosion de la haine ethnique en RDC, dirigée contre les Congolais rwandophones, souvent assimilés aux rebelles ou aux Rwandais :

« Des violences populaires, y compris à Kinshasa, ont visé des individus perçus comme soutenant les AFC/M23 ou le Rwanda, souvent sur la base de leur apparence physique ou de la langue parlée. » (p. 1)

Là encore, le silence ou l’inaction du gouvernement congolais face à ces violences intercommunautaires pose question.

Un narratif déséquilibré à repenser

Ce qui se dégage du rapport du Groupe d’experts n’est pas seulement une critique des agissements du M23 ou des allégations contre le Rwanda. C’est aussi le constat accablant que le gouvernement congolais agit de manière irresponsable, en armant des milices ethniques, en coopérant avec des groupes génocidaires, en minant les mécanismes de paix régionaux et en abandonnant les populations à leur sort.

Tenir un seul acteur pour responsable revient à masquer les causes profondes de la crise, et à fermer les yeux sur les erreurs répétées de Kinshasa. Pour parvenir à une paix durable, il est temps d’exiger une reddition de comptes équilibrée.

Le silence sur les manquements de la RDC est non seulement injuste, mais dangereux. Il alimente un cycle de victimisation politique, tout en perpétuant l’instabilité et la souffrance humaine. L’heure est venue de sortir d’une diplomatie à géométrie variable. Toutes les parties doivent être tenues responsables – sans exception.

NDLR: L’auteur est analyste régional et contributeur régulier aux débats sur la paix et la sécurité en Afrique centrale

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