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Une seule santé: journalistes et chercheurs face à l’urgence d’une approche globale

Une seule santé: journalistes et chercheurs face à l’urgence d’une approche globale
Table ronde thématique animée par des experts scientifiques et des journalistes

Par Fulgence Niyonagize, Abidjan

À Abidjan, ils sont venus de plus de quinze pays francophones pour réfléchir ensemble à une question devenue cruciale : «Sommes-nous prêts, journalistes et chercheurs, à faire de l’approche Une seule santé une réponse crédible face aux crises sanitaires, écologiques et sociales de notre temps ?» Du 9 au 14 juin 2025, dans les amphithéâtres de l’Université Félix-Houphouët-Boigny et au cœur du Parc national du Banco, la 2ᵉ Conférence mondiale des journalistes scientifiques francophones  rassemble plus d’une centaine de spécialistes et de journalistes pour penser autrement la santé : «non plus en silos, mais comme un tout».

Santé humaine, animale et écologique interconnectée

L’approche Une seule santé (One Health) repose sur une idée simple, mais encore trop peu appliquée : « la santé humaine est intimement liée à celle des animaux et des écosystèmes ». Elle part d’un constat fondamental : la santé des humains, des animaux et des écosystèmes est intimement liée. Elle vise à rompre avec une vision fragmentée pour traiter la santé comme un système interconnecté. Pourtant, partout sur le continent, la pression urbaine, la pollution et la dégradation de la biodiversité bouleversent ces équilibres fragiles. Le professeur Mathurin Koffi alerte : « L’urbanisation massive pousse les espèces animales à migrer ou à disparaître. Les rapports entre animaux, humains, temps et espace se trouvent modifiés. Résultat : l’émergence de zoonoses devient de plus en plus fréquente, et nos systèmes immunitaires n’ont plus le temps de s’adapter ».

Le constat est partagé par le Dr Étile Raphaël N’Doua, de l’ONG SOS Forêts, qui prévient: «La situation environnementale actuelle constitue une bombe à retardement. La pollution des eaux entraîne une contamination des poissons, des organismes aquatiques, et inévitablement, de l’homme ». Pour lui, « il est urgent d’adopter une lecture globale de la santé, qui dépasse les urgences immédiates ». « Le moment est venu de considérer chaque élément de la chaîne vivante comme interdépendant: les humains, les animaux, les plantes et leurs milieux » ajoute-t-il.

Vers un journalisme scientifique global

Cette vision appelle un changement de posture, notamment du côté des journalistes. Pour Kossi Balao, président de l’Association des Journalistes scientifiques de Côte d’Ivoire, dénommée Médias pour la Science et le Development (MSD), «la presse ne peut plus se contenter de traiter la santé comme une suite de faits divers ou d’alertes épidémiques». « Il faut intégrer durablement One Health dans les rédactions, l’éditorialiser, le prioriser ». Le journalisme scientifique, selon lui, « ne doit pas seulement relayer l’information, il doit la traduire,la simplifier, la contextualiser, la rendre intelligible ». Mamadou Traoré, président du Mouvement Science et Développement, insiste quant à lui sur « la nécessité d’intégrer les sciences dans la culture médiatique, de sorte que chaque citoyen puisse accéder à une information claire, fondée sur des données fiables ».

La santé végétale, un maillon souvent négligé

Un angle reste trop souvent ignoré: celui de la santé végétale. Le professeur Mathurin Koffi, généticien, rappelle que « ce que nous consommons détermine largement notre état de santé ». « Si les plantes sont malades, si elles absorbent des métaux lourds ou des pesticides non dégradables, ces substances finissent dans nos assiettes, puis dans nos corps ». Selon lui, « les maladies des plantes, bien que silencieuses, sont des vecteurs directs de pathologies humaines ». Il est donc urgent « d’intégrer les plantes dans l’approche One Health, et de reconnaître leur rôle dans la chaîne de prévention ».

Tout au long de la conférence, chercheurs, journalistes, sociologues, épidémiologistes, vétérinaires et communicateurs partagent leurs expériences, confrontent leurs langages, et imaginent de nouvelles alliances.

Au-delà des échanges, un consensus émerge : « Face à la multiplication des épidémies, à la résistance croissante aux antimicrobiens, aux bouleversements écologiques, nous n’avons plus le luxe d’agir seuls ». Et cela n’est pas gratuit. Pour ce journaliste burkinabé: «Les journalistes doivent renforcer leurs compétences scientifiques, les chercheurs doivent apprendre à raconter ce qu’ils découvrent, et les décideurs doivent s’appuyer sur des données accessibles. Et pour les journalistes, il ne s’agit plus seulement d’informer, mais de construire un contrat de confiance entre science, médias et société. Car ce n’est qu’en comprenant ensemble ce qui nous relie à notre environnement que nous pourrons prévenir les crises de demain».

 

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