COVID-19 et maladies émergentes: le retour des infections met en lumière l’oubli des infrastructures d’hygiène
Alors que le district de Nyarugenge appelle à la vigilance face à la résurgence des maladies contagieuses, le manque de suivi des infrastructures sanitaires déployées durant la pandémie soulève une question cruciale : celle de la durabilité des mesures sanitaires. Cette situation interpelle sur la capacité des institutions à inscrire l’hygiène dans la durée, au-delà des périodes de crise.
Par Fulgence Niyonagize
Le communiqué diffusé le 10 juin 2025 par l’Hôpital du District de Nyarugenge est clair: les maladies infectieuses gagnent du terrain. En plus de la MPOX (anciennement variole du singe), de la grippe et du paludisme, la COVID-19 refait surface dans plusieurs quartiers du centre-ville de Kigali. Les autorités sanitaires recommandent de se laver régulièrement les mains, de consulter un professionnel de santé au moindre symptôme, et de ne pas céder à l’automédication.
Mais une question brûlante refait surface : où sont passées les infrastructures sanitaires massivement installées il y a quatre ans pour endiguer la pandémie ? Pourquoi sont-elles (là où elles existent encore, Ndlr) oubliées, comme si l’hygiène ne servait que lorsqu’une pandémie éclate ?
Des dispositifs installés, puis oubliés
Dans les marchés, églises, institutions publiques, bureaux, écoles ou arrêts de bus, des dizaines de stations de lavage des mains avaient été mises en place dès 2020. L’eau coulait des lavabos, les seaux étaient remplis de savon liquide, les affiches encourageaient une hygiène rigoureuse. Pourtant aujourd’hui, la plupart de ces dispositifs sont à l’abandon, rouillés ou démontés.
« Une fois la menace immédiate passée, les bonnes pratiques s’effondrent comme un château de cartes si elles ne sont pas ancrées dans un système solide de santé publique», écrivais-je dans mon article publié sur Paxpress en 2023, intitulé “ “The hygiene culture: A timeless necessity beyond the pandemic”.
Le problème dépasse l’usure ou l’oubli : l’absence de suivi institutionnel oblige certains à racheter du matériel déjà acquis lors de la crise sanitaire. Ainsi, pour relancer les gestes barrières, il n’est pas exagéré de penser que certaines églises et écoles vont devoir se rééquiper en robinets, seaux à pédale et savon, un gaspillage évitable si un mécanisme d’entretien et de rappel avait été maintenu.
Une culture d’hygiène, pas une réaction d’urgence
L’approche circonstancielle, où les règles sanitaires apparaissent et disparaissent au gré des crises, montre aujourd’hui ses limites. À la conférence d’Abidjan sur la stratégie One Health (9–14 juin 2025), plusieurs experts ont insisté sur la nécessité de bâtir une culture quotidienne d’hygiène, plutôt qu’une réaction épisodique aux épidémies.
« L’approche One Health appelle à une coordination intersectorielle et à une mémoire institutionnelle des crises sanitaires passées », a rappelé un intervenant.
« La durabilité ne dépend pas seulement des ressources, mais aussi du suivi des dispositifs mis en place », a-t-il ajouté.
Cette mémoire semble faire défaut. Le Rwanda, à l’instar d’autres pays de la région, reste prisonnier d’un cycle court-termiste, où les crises imposent des solutions rapides, mais où l’entre-deux est marqué par le relâchement de la maintenance et de la sensibilisation.
Une opportunité à ne pas manquer
Le communiqué du District de Nyarugenge n’est pas seulement un signal d’alerte sanitaire: c’est un rappel institutionnel que l’urgence ne peut pas être le seul moteur de l’action publique. En demandant aux citoyens de reprendre les gestes d’hygiène, les autorités devraient aussi réactiver l’entretien des infrastructures existantes, prévoir leur maintenance et renforcer l’éducation à l’hygiène, pas seulement en période de crise.
Mettre l’hygiène au cœur de la vie quotidienne, c’est refuser que les mains se lavent uniquement lorsque la maladie fait la une des médias. C’est considérer que chaque robinet installé, chaque savon fourni, chaque affiche imprimée est un investissement de long terme dans la santé publique.
Et surtout, c’est admettre que la vraie résilience ne se mesure pas à la rapidité d’intervention… mais à la capacité de durer.

