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Vaccins en Afrique: A la croisée des regards entre journalistes et experts

Vaccins en Afrique: A la croisée des regards entre journalistes et experts

Fulgence Niyonagize, Abidjan

Alors que la production locale de vaccins progresse en Afrique, la transparence, la souveraineté sanitaire et la confiance du public restent au cœur des débats. À la Conférence mondiale des journalistes scientifiques francophones à Abidjan, experts et journalistes ont croisé leurs regards sur les défis et les espoirs liés à la vaccination sur le continent.

La transparence scientifique dans la production et la distribution des vaccins a été au cœur d’un débat animé lors de la Conférence mondiale des journalistes scientifiques francophones, tenue à Abidjan. Tout est parti d’une question incisive du journaliste togolais Domegni Maxime sur les dynamiques parfois opaques entourant l’accès aux vaccins, notamment en Afrique.

Le professeur Adjogoua Edgard Valery, responsable du département des virus épidémiologiques à l’Institut Pasteur de Côte d’Ivoire, a réagi sans détour : « Ce n’est pas la communauté scientifique qui manque de transparence. Les résultats des recherches sont publics. Aucun scientifique ne fait des découvertes pour les enfermer dans un tiroir. »

Selon lui, les chercheurs accomplissent leur mission, mais les blocages surgissent plus tard : « Un vaccin peut être mis au point avec tous les gages de fiabilité, mais sa distribution dépendra de considérations politiques et économiques. »

Ces considérations sont bien réelles. Le professeur illustre : « Si un vaccin coûte 60 $, et qu’il faut vacciner un million de personnes dans un pays de 60 millions d’habitants, cela représente un défi colossal. Ce n’est pas qu’une question de doses, mais d’organisation, d’infrastructures, de moyens… »

Vers une souveraineté vaccinale… mais durable

Face à ces défis d’accès, plusieurs experts appellent à une souveraineté sanitaire africaine. La journaliste scientifique française Lise Barnéoud a rappelé qu’au plus fort de la pandémie de COVID-19, les pays africains avaient été relégués au second plan :
« Ce n’était pas parce qu’ils n’avaient pas les moyens, mais parce que les doses étaient rares et les prix élevés. La priorité allait aux pays riches », dit-elle, dénonçant au passage certaines opacités et un « sadisme vaccinal » latent dans la géopolitique de la santé mondiale.

Pour remédier à ces injustices, plusieurs pays africains ont décidé de produire localement leurs propres vaccins, avec le soutien de l’Union africaine via l’Africa CDC. Le Dr Sofonias Assefa, de l’Africa CDC, défend cette initiative : « Produire en Afrique permet non seulement de réduire les coûts, mais surtout de se réapproprier la vaccination. C’est vacciner chez soi, avec ses propres moyens. »

Mais pour lui, la vision ne doit pas s’arrêter aux usines : « L’objectif n’est pas seulement d’avoir des chaînes de production. Nous travaillons à renforcer la santé communautaire, la communication des risques, l’engagement des populations, et même la santé mentale. »

Des infrastructures émergent déjà au Sénégal, en Afrique du Sud, au Rwanda, au Ghana. Et pas seulement pour la COVID-19 : on parle aussi de vaccins contre le paludisme, la fièvre jaune ou la tuberculose. Cependant, cette ambition s’accompagne de nouveaux défis.« Il ne faudrait pas que cette volonté nuise à l’environnement », prévient Lise Barnéoud. « Construire des usines sans penser à la pollution ou à la durabilité serait une erreur. L’Afrique peut devenir souveraine, mais pas au prix de sa biodiversité. »

Restaurer la confiance : une priorité

Derrière ces échanges passionnés, un mot revient inlassablement: confiance.
Une confiance fragile entre scientifiques, gouvernements et citoyens, mise à mal par les inégalités d’accès, les tensions géopolitiques et les discours complotistes.

Professeur Adjogoua insiste :« On peut avoir le meilleur vaccin, si les gens n’y croient pas, c’est inutile. » Il cite un exemple frappant :« Dans mon pays, beaucoup pensent que les produits chinois sont de mauvaise qualité. Pourquoi ? Parce qu’un jour, une rumeur est née… et personne ne l’a contredite. »

Le manque de confiance ne vient pas seulement d’un déficit de transparence, mais souvent d’un vide de communication. C’est pourquoi le Dr Sofonias Assefa tient aussi à déconstruire certaines théories conspirationnistes selon lesquelles les vaccins serviraient à exterminer les Africains:
« Si on voulait vraiment exterminer la population africaine, on n’aurait pas besoin d’un vaccin. Tous les médicaments dans nos hôpitaux viennent d’Europe. Un virus suffirait. »

Restaurer la confiance nécessite plus que des discours scientifiques. Il faut éduquer, impliquer les communautés et bâtir une culture du dialogue. La souveraineté vaccinale ne sera efficace et durable qu’à cette condition.

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