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Quand les dirigeants de Kinshasa protègent les FDLR et sabote la paix

Quand les dirigeants de Kinshasa protègent les FDLR et sabote la paix
Patrick Muyaya et Julien Paluku

Par Danny Kirenga

L’accord de Washington ne peut pas échouer une fois de plus. Les populations de l’Est n’ont plus le luxe d’attendre pendant que les intérêts mafieux de Kinshasa bloquent toute perspective de sortie de crise. Kinshasa doit prendre ses responsabilités et cesser d’abriter ceux qui protègent les FDLR.

Le 27 juin 2025, un accord de paix a été signé à Washington entre la République Démocratique du Congo et la République du Rwanda. Ce texte engage les deux pays à désamorcer les tensions, lever les mesures défensives et œuvrer ensemble à la neutralisation définitive des groupes armés étrangers présents dans l’Est de la RDC, au premier rang desquels les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR).

Mais alors que l’accord suscite un espoir prudent au sein des populations meurtries du Kivu, certaines figures emblématiques du régime de Félix Tshisekedi s’érigent contre sa mise en œuvre.

Julien Paluku, ministre de l’Industrie et ancien gouverneur du Nord-Kivu, et Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, incarnent cette frange du pouvoir qui, tout en se réclamant de la paix, refuse catégoriquement de désigner les FDLR comme ennemis de la stabilité. Une posture qui met à nu une culture politique fondée sur le mensonge, le déni, et la complicité avec les forces du chaos.

Julien Paluku, des minerais du sang à la réhabilitation des bourreaux

Julien Paluku n’en est pas à sa première volte-face. Pendant des années, il dénonçait les FDLR comme étant à l’origine des conflits intercommunautaires entre Hutu et Nande dans le territoire de Lubero. En 2016, il les accusait publiquement de manipuler les tensions ethniques pour asseoir leur contrôle sur les zones minières, notamment au micro de Radio Okapi. Il évoquait leur rôle destructeur avec un ton d’autorité.

ais depuis qu’il a accédé à des fonctions nationales à Kinshasa, son discours a radicalement changé : il minimise désormais la présence des FDLR, allant jusqu’à nier leur rôle dans les violences qui ravagent le Kivu. Pourquoi ce revirement ? Parce que Julien Paluku a toujours eu des intérêts personnels dans la survie des FDLR.

À Butembo, il gérait l’écoulement de minerais issus des réseaux mafieux des FDLR, les revendant jusqu’à Dubaï. Leur élimination priverait cet homme d’un fond de commerce vieux de vingt ans.

L’élimination des FDLR mettrait à mal ses réseaux économiques et ses liens communautaires avec certains groupes armés. Il n’a donc qu’un objectif : saboter l’accord de Washington et attendre l’échec de sa mise en œuvre, comme cela s’est produit avec tant d’autres initiatives de paix.

Patrick Muyaya : porte-parole de la duplicité

De son côté, Patrick Muyaya, chargé de communiquer la politique gouvernementale, entretient une ambiguïté dangereuse. Plutôt que d’expliquer les bénéfices clairs de l’accord de Washington – à savoir la fin de l’emprise des groupes armés sur l’Est du Congo – il préfère faire diversion. Il évite soigneusement de nommer les FDLR, rejette toute critique du régime et participe à un discours qui relativise les crimes de ces milices génocidaires.

Son silence sur les FDLR n’est pas neutre: il s’agit d’un alignement sur les choix politiques internes du régime, qui instrumentalise les groupes armés selon les besoins électoraux ou diplomatiques du moment. En d’autres termes, la neutralisation des FDLR n’est pas une priorité du gouvernement, car ces milices sont perçues comme des alliés utiles, voire comme des partenaires opérationnels sur le terrain.

La complicité étatique comme moteur de la crise

Ce double langage n’est pas anodin. Il affaiblit la parole de l’État congolais et donne aux FDLR une légitimité tacite. En 2012-2013 déjà, les FDLR étaient utilisés comme supplétifs des FARDC dans les combats contre le M23. Résultat: ils se sont implantés solidement dans les territoires de Rutshuru, Masisi et Nyiragongo. Aucune opération sérieuse de démobilisation ou de désarmement n’a été menée depuis la fin de la rébellion du M23, malgré les engagements internationaux.

Aujourd’hui encore, les priorités sécuritaires du gouvernement changent au gré des alliances conjoncturelles. Cette incohérence rend impossible toute stratégie durable de paix.

Une paix impossible sans vérité ni volonté politique

Comme l’a rappelé le ministre rwandais des Affaires étrangères en marge de l’accord :

« La levée de nos mesures défensives est conditionnée par la neutralisation des FDLR […] L’accord que nous avons signé à Washington ne dit pas autre chose. »

Mais comment espérer la mise en œuvre de cet accord si des figures influentes du régime de Kinshasa sabotent ouvertement ses fondements ?

Un gouvernement qui collabore avec des milices génocidaires, qui alimente les conflits communautaires et qui bombarde sa propre population ne peut pas prétendre être un acteur de paix. Il ne défend pas la souveraineté, mais l’impunité, le clientélisme et la violence d’État. Sans rupture avec les complicités internes, la paix restera un mirage.

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