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Paradoxe de Kinshasa: la RDC signe des accords qu’elle renie aussitôt

Paradoxe de Kinshasa: la RDC signe des accords qu’elle renie aussitôt
Patrick Muyaya multiplie les versions officielles et entretient volontairement le flou sur contenu et application des accords

Par Marie Sédoine Baraka

Si la RDC signe des engagements qu’elle renie dès que les projecteurs s’éteignent, des questions cruciales se posent: Qui peut savoir ce que veut réellement la RDC? Quels sont les véritables objectifs de la RDC ?

En diplomatie internationale, la cohérence n’est pas seulement une vertu, elle est une nécessité. Pourtant, la République Démocratique du Congo (RDC) continue de dérouter les observateurs et de saboter les efforts internationaux en signant des accords de paix,  pour ensuite les renier presque aussitôt. Le dernier exemple en date : la Déclaration de principes de Doha, un texte porteur d’espoir pour une désescalade des tensions et un début de dialogue. Mais à peine l’encre était-elle sèche que des figures majeures de Kinshasa, notamment Patrick Muyaya et Shabani Lukoo,  se sont déjà mis à en déformer le contenu et l’esprit.

Ce comportement est devenu tristement habituel. Alors que des acteurs internationaux et régionaux,  des États-Unis à l’Union africaine, en passant par l’EAC et la SADC, multiplient les initiatives pour trouver une paix durable en RDC, Kinshasa, elle, se replie sur une propagande interne et une stratégie de désignation de boucs émissaires. Le double langage des autorités congolaises, un discours destiné à l’opinion nationale, un autre pour l’audience internationale, soulève une question de fond.

A Doha, Shabani Lukoo, envoyé du régime, a d’abord présenté la déclaration comme un progrès diplomatique, déclarant que «le Rwanda est l’une des causes profondes de l’insécurité en RDC», et que l’avoir identifié représentait «un pas en avant». Mais quelques heures plus tard, sur TOP Congo, il changeait de ton, minimisant le contenu réel du texte et réaffirmant la ligne dure de Kinshasa, centrée sur l’accusation systématique du Rwanda.

Ce retournement n’est pas une simple confusion : c’est une stratégie délibérée de sabotage. La Déclaration de Doha reconnaît en effet toutes les parties, y compris l’AFC/M23, comme des acteurs congolais légitimes engagés dans la restauration de la paix et la protection des civils. Une vérité inacceptable pour le régime de Tshisekedi, qui qualifie depuis longtemps ces groupes de «terroristes» ou de marionnettes rwandaises.

La tactique est claire: l’obsession anti-rwandaise sert de rideau de fumée pour éviter les responsabilités et torpiller tout processus de dialogue. Ce discours est éculé, mais il reste utile, du moins pour l’opinion publique interne. A l’international, cependant, la manœuvre commence à lasser. De plus en plus d’observateurs voient clair dans ce double jeu.

Et les conséquences sont réelles. Dans les zones contrôlées aujourd’hui par l’AFC/M23, on rapporte un retour relatif à la stabilité: routes rouvertes, tensions ethniques apaisées, administration locale restaurée. Qu’on approuve ou non la méthode, le contraste est frappant avec les zones sous contrôle gouvernemental, souvent marquées par le chaos et la répression.

Comme l’a écrit l’ancien haut fonctionnaire onusien Nasser Ega Musa : «Les racines de la tragédie congolaise actuelle ne se trouvent pas à l’extérieur du pays, et certainement pas au Rwanda.» Ce constat dérangeant est partagé par des chercheurs et des activistes qui, en février, ont appelé l’ONU à regarder au-delà du Rwanda pour s’attaquer aux véritables causes internes de la crise. Mais les hommes de Tshisekedi ont fait la sourde oreille, préférant s’accrocher à une rhétorique de haine pour masquer leurs échecs.

La Déclaration de Doha ouvre pourtant une voie: dialogue, autorité partagée, réformes fédérales. Mais le régime semble prêt à étouffer cet espoir sous des mensonges et de la haine. Car si les Congolais venaient à comprendre que leur véritable ennemi n’est peut-être pas Kigali, mais l’incompétence de leurs propres dirigeants, le dernier rempart de Tshisekedi tomberait. Et c’est bien cela que le régime redoute le plus.

Tant que Kinshasa ne réconciliera pas ses discours publics avec ses engagements diplomatiques, la paix restera un mirage, douloureusement proche, mais toujours hors de portée.

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