Un verdict qui rétablit l’honneur des victimes: le ministre Bizimana réagit à la condamnation d’Eugène Rwamucyo à Paris
La condamnation en appel d’Eugène Rwamucyo par la Cour d’assises de Paris continue de susciter des réactions au Rwanda. Dans une publication sur son compte X, le Dr Jean-Damascène Bizimana, ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, a salué une décision qu’il qualifie de “moment historique”, estimant qu’elle constitue une étape importante dans la reconnaissance des crimes commis pendant le génocide perpétré contre les Tutsis en 1994.
Le vendredi 17 juillet 2026, la Cour d’assises de Paris a confirmé la culpabilité d’Eugène Rwamucyo pour participation à une entente en vue de commettre le génocide et des crimes contre l’humanité, ainsi que pour complicité de génocide et complicité de crimes contre l’humanité. Il a été condamné à 27 ans de réclusion criminelle, une peine identique à celle prononcée en première instance.
Réagissant à cette décision, le ministre Bizimana estime que ce verdict marque “la fin d’une longue saga judiciaire” pour les victimes et leurs familles.
Selon lui, “les preuves et le verdict des jurés ont déchiré le rideau du mensonge et de l’arrogance” autour de cette affaire, tout en rappelant que les procès liés au génocide des Tutsis constituent, à ses yeux, un combat pour la vérité et la mémoire.
Le ministre Bizimana dénonce l’effondrement du rideau du mensonge
Dans son analyse, Jean-Damascène Bizimana revient sur plusieurs arguments avancés par la défense d’Eugène Rwamucyo, qu’il conteste.
Il évoque notamment la déclaration selon laquelle Rwamucyo aurait eu une épouse tutsie, Mukabanyana Mamérique. Selon le ministre, cette dernière, ancienne employée de l’Office rwandais d’information (ORINFOR), a déclaré devant la Cour qu’elle n’avait pas d’identité ethnique particulière avant et pendant le génocide.
Le ministre affirme que cette déclaration est contraire au contexte de l’époque, rappelant que les cartes d’identité mentionnant l’appartenance ethnique étaient alors utilisées lors des barrières pour identifier les victimes tutsies.
Jean-Damascène Bizimana revient également sur les accusations liées au Centre universitaire de santé publique de Butare (CUSP) et au Centre hospitalier universitaire de Butare (CHUB), où Eugène Rwamucyo occupait des fonctions de responsabilité.
Selon lui, l’ancien directeur du CUSP aurait nié l’existence de victimes tutsies dans ces établissements, alors que plusieurs employés et patients tutsis y ont été tués pendant le génocide.
Il cite notamment le cas de Cécile Nyirasikubwabo, employée du CUSP, ainsi que ceux de Gasana Callixte et Mukamusoni Césarie, présentés comme des victimes tutsies travaillant dans cet établissement.
“Un acteur intellectuel du genocide”: Bizimana évoque le rôle du personnel médical à Butare
Dans une autre partie de son message, le ministre affirme qu’Eugène Rwamucyo ne pouvait pas être dissocié du contexte général dans lequel des membres du personnel médical de Butare ont été impliqués dans le génocide.
Il réfute l’idée selon laquelle aucun médecin ou professionnel de santé n’aurait participé aux crimes dans cette région.
Selon lui, les juridictions Gacaca de Butare ont condamné plusieurs médecins et membres du personnel médical pour des crimes liés au génocide, notamment dans des institutions comme le CHUB, le CUSP, LABOPHAR, CARAES et Kabutare.
Jean-Damascène Bizimana cite plusieurs exemples de professionnels de santé condamnés par ces juridictions, dont des médecins et infirmiers reconnus coupables d’assassinats de patients ou de collègues tutsis.
Il mentionne également le témoignage du Dr Rony Zachariah, ancien coordinateur des activités de Médecins Sans Frontières au Rwanda, qui avait travaillé au CHUB pendant le génocide. Selon ce témoignage rapporté par le ministre, entre 150 et 200 membres du personnel et patients tutsis auraient été tués après avoir été sortis de l’hôpital.
Le ministre rappelle aussi qu’une liste de 82 victimes tutsies du CHUB a été établie après le génocide et que leurs noms sont régulièrement honorés lors des commémorations annuelles organisées dans cet établissement.
Gatonde: Bizimana conteste les déclarations sur l’ampleur des massacres
Dans son analyse, Jean-Damascène Bizimana revient également sur la commune de Gatonde, ancienne préfecture de Ruhengeri, dont Eugène Rwamucyo est originaire.
Selon le ministre, l’affirmation selon laquelle il n’y aurait eu qu’une seule famille tutsie dans cette commune est “fausse”.
Il affirme que les Tutsis de Gatonde ont été victimes de massacres dès les premières semaines du génocide, citant plusieurs lieux où des victimes auraient été tuées, notamment le bureau de la sous-préfecture de Busengo, la paroisse catholique de Janja, la Cour d’appel de Ruhengeri ainsi que les rivières Mukungwa et Nyabarongo.
Des victimes tutsi de Gatonde ont assassinés à partir du 8 avril 1994 sous la supervision du Sous-préfet de Busengo Dismas Nzanana, condamné par la justice rwandaise à la perpétuité.
Il cite également plusieurs barrières où des survivants rapportent que des massacres ont été commis, notamment à Bunyironko, Ibyibuhiro et Mu Biziba.
Le ministre évoque enfin plusieurs victimes originaires de Gatonde, ainsi que des responsables politiques et militaires de cette région accusés d’avoir joué un rôle dans la planification et l’exécution du génocide.
Bizimana salue le rôle de la justice internationale dans la lutte contre l’impunité
En conclusion de son message, Jean-Damascène Bizimana adresse ses remerciements à la justice française pour son action dans la poursuite des personnes accusées d’avoir participé au génocide des Tutsis.
Selon lui, les procédures engagées au titre de la compétence universelle démontrent que l’exil ne peut garantir l’impunité aux auteurs présumés de crimes internationaux.
“Les jugements et condamnations des génocidaires rwandais montrent que l’exil lointain qu’ils pensaient être une protection contre la justice n’est pas un refuge définitif”, écrit-il.
Tout en reconnaissant que les condamnations ne peuvent effacer les souffrances des survivants ni remplacer les vies perdues, le ministre estime que chaque décision judiciaire contribue à rendre justice aux victimes et à préserver leur mémoire.

