MUNYAGA DANS LES TENEBRES: Histoire du génocide des Tutsi sur les collines de Nkungu et Munyaga
Un café littéraire a été organisé le jeudi 31 juillet 2025 au Mémorial de Gisozi à Kigali pour la présentation du livre de Jean-Baptiste Ngabonziza. Son ouvrage est intitulé « MUNYAGA MU ICURABURINDI: Amateka ya Jenoside yakorewe Abatutsi ku misozi ya Nkungu na Munyaga », traduit littéralement par « MUNYAGA DANS LES TENEBRES: Histoire du génocide des Tutsi sur les collines de Nkungu et Munyaga ».
“Le 7 avril 1994, certains habitants de l’ancien secteur Kaduha, depuis la cellule Kabare, se sont rendus à Nkungu pour demander de la viande de vaches des Tutsi aux miliciens Interahamwe de Nkungu qui venaient de se les approprier. Ceux-ci leur en ont fourni en leur disant que c’était un prêt et qu’ils rembourseraient en retour après l’acquisition des vaches des Tutsi de Kabare.” Peut-on lire dans un passage extrait du livre de Jean-Baptiste Ngabonziza.
Paru aux éditions Besta, ce livre comprend cinq chapitres:
- Les racines de la haine parmi les habitants de Munyaga partageant vies et misères
- Le jour où la mort s’installa
- Les témoignages relatifs aux tueries perpétrées pendant le génocide
- La dernière nuit, où l’auteur recueille les témoignages cellule par cellule sur les massacres
- Conclusion

Ce livre détaille les faits des atrocités du génocide perpétré contre les Tutsi sur les collines de Nkungu, Rweru et Kaduha, aujourd’hui situées dans le secteur de Munyaga du district de Rwamagana.
En seulement dix jours, soit du 7 au 17 avril 1994, les massacres des Tutsi de Munyaga faisaient rage. A partir du 7 avril, à Nkungu et Rweru, puis à Kaduha dès le 12, les Tutsi furent traqués, malmenés, contraints de fuir dans la brousse ou vers les secteurs voisins comme celui de Rutonde. Leur résistance ne dura pas: les miliciens Interahamwe, soutenus par les gendarmes et policiers de la commune, armés de fusils et d’armes traditionnelles, les anéantirent et massacrèrent sauvagement, pillant leurs biens, tuant et mangeant leurs vaches, brûlant leurs maisons et s’appropriant leurs patrimoines.
Les dates les plus cruelles marquant l’exécution du génocide dans cette zone sont principalement le 7 et 8 avril à Nkungu et Rweru, le 16 avril à Rutonde et Rweru, puis les 12 et 17 avril 1994 à Kaduha. Quelques rescapés traumatisés, y compris des femmes torturées et violées, furent enfin libérés par des éléments du FPR-Inkotanyi le 27 avril 1994, qui avaient pris la ville de Rwamagana une semaine plus tôt.
Selon l’auteur, l’inspiration d’écrire ce livre lui est venue lors de la commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi il y a six ans, lorsqu’un survivant a témoigné et, dans sa conclusion, a révélé : “Leurs noms ne seront pas oubliés tant que nous sommes là (…) Ce jour-là, je me suis senti interpellé, et c’est depuis ce moment que j’ai décidé de prendre la plume et d’écrire en commençant par mon village natal (…) J’ai écrit pour la mémoire étant donné que pendant le génocide, les tueurs scandaient un slogan selon lequel « tous les Tutsi devaient être radiés, et que les générations futures demanderaient comment un Tutsi ressemblait.”
Dans ce livre, il y a des témoignages de rescapés. L’auteur a parlé à plus de 100 témoins dont les plaies sont encore saignantes; d’autres ont pu se relever grâce à l’accompagnement mutuel des uns et des autres et au soutien psychologique et matériel de l’État, ils ont pu se reconstruire.
Pour l’auteur, autrefois les Hutu et les Tutsi ne représentaient que des classes sociales, et les gens vivaient paisiblement, s’entraidaient mutuellement, partageaient ce qu’ils avaient ; mais le colonisateur, par sa politique de « diviser pour mieux régner », a semé la discorde parmi les Rwandais.
Dans son livre, Jean-Baptiste Ngabonziza retrace également l’historique des bonnes relations entre voisins avant l’arrivée du colonisateur, mais souligne que la politique de divisionnisme et d’extrémisme semée par le colonisateur belge, et adoptée par les dirigeants de la première et deuxième République au Rwanda, fut la source des conflits ayant conduit au génocide des Tutsi en 1994.
Quoi qu’il en soit, l’auteur conclut son livre sur une note d’espoir, s’efforçant de trouver une réponse à la question qu’il se posait dès le départ : Comment se fait-il que des voisins ayant cohabité pacifiquement avec nos familles se sont retournés contre elles pour les décimer? Une autre question persiste dans ses pensées et il s’interroge : Pourquoi l’idéologie génocidaire persiste-t-elle encore ?
Contexte géographique et mémoriel
Munyaga est l’un des 14 secteurs du district de Rwamagana, dans la Province de l’Est. Il regroupe ce qui était les secteurs Nkungu, Rweru, Kaduha et la cellule Zinga (anciennement dans le secteur Rutonde). Le secteur Munyaga abrite deux sites mémoriels du génocide perpétré contre les Tutsi, ce qui montre combien les tueries dans cette zone ont été perpétrées avec gravité et méchanceté.
Dans l’histoire du Rwanda, Munyaga est particulièrement connue depuis le règne du roi Kirima II Rujugira (1770 à 1786), car c’est là que reposaient les soldats dits Abakemba, gardiens de la frontière du Rwanda au sud du Buganza jusqu’à l’époque coloniale, et qui ont permis la prise de contrôle et l’annexion du royaume de Gisaka au Rwanda.
A propos de l’auteur
Jean-Baptiste Ngabonziza est né à Munyaga le 10 septembre 1952. Il y a grandi, y a fait l’école primaire avant de rejoindre le secondaire, puis s’est rendu à Kigali pour des raisons de travail, où il s’est installé. Il est survivant du génocide, alors qu’il habitait à Kigali, où des éléments du FPR-Inkotanyi ont sauvé sa maison et lui-même.
Une fois arrivé à Byumba, dans la zone sécurisée, il a reçu la triste nouvelle que plusieurs membres de sa famille avaient été tués, y compris son père, et son frère Musangwa, assassiné avec son épouse et tous leurs enfants. Ngabonziza s’est retrouvé étonné du fait que les membres de sa famille aient été tués, pire encore par des voisins de longue date.




