RDC: Human Rights Watch accusé de viser la mauvaise cible
Le rapport de HRW ne rend pas justice, il la déforme. Il alimente un récit qui disculpe les véritables fauteurs de violence, induit la communauté internationale en erreur et met en danger les civils qu’il prétend défendre.
Le rapport publié en août 2025 par Human Rights Watch (HRW), accusant le M23 et le gouvernement rwandais d’avoir commis des atrocités de masse dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC), est non seulement incomplet, mais aussi dangereusement trompeur. Si chaque mort civile est une tragédie, toute analyse crédible de la crise congolaise doit reposer sur un contexte historique solide, des défaillances structurelles persistantes, et l’indignation sélective qui a façonné la politique internationale dans la région depuis des décennies. Ce que HRW omet est aussi grave que ce qu’il affirme.
Une crise qui dure depuis plus de 30 ans
Les souffrances des civils congolais ne datent pas de juillet 2025, avec les accusations portées contre le M23. Depuis plus de trois décennies, l’est de la RDC est le théâtre d’un chaos prolongé, où plus de 250 groupes armés opèrent librement, notamment les tristement célèbres FDLR (Forces Démocratiques de Libération du Rwanda), responsables de massacres, viols de masse, incendies de villages, et pillages systématiques.
Les FDLR, formés par les auteurs du génocide perpétrés contre les Tutsi en 1994, continuent de circuler librement sur le sol congolais. Pourtant, malgré leur passé génocidaire, les rapports internationaux, y compris celui de HRW, minimisent ou ignorent systématiquement leur rôle dans la déstabilisation de la région. Ce silence complaisant permet aux génocidaires de se réinventer en «combattants de la liberté» tout en exploitant le territoire congolais pour menacer le Rwanda.
Pourquoi la MONUSCO (mission de maintien de la paix des Nations Unies), les FARDC (forces armées congolaises), et les donateurs internationaux n’ont-ils pas démantelé les FDLR et les autres groupes depuis plus de 30 ans? Avec plus de 300 000 soldats et personnel déployés, dont plus de 15 000 pour la seule MONUSCO, la RDC reste l’un des pays les plus militarisés mais paradoxalement les plus instables d’Afrique. Ces échecs ne sont pas accidentels, ils sont structurels.
Pourquoi accuser toujours le Rwanda?
Le Rwanda demande depuis longtemps la neutralisation des FDLR, une exigence également appuyée par plusieurs résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU. Pourtant, chaque fois que le M23, un mouvement principalement composé de Congolais tutsis marginalisés et ciblés à l’est, se lève pour se défendre, la communauté internationale accuse immédiatement le Rwanda.
Le rapport de HRW reprend sans distance critique les allégations de «contrôle rwandais» sur le M23, en se basant sur des «accents» ou des «uniformes». Il ne s’agit là ni de preuves, ni d’une enquête rigoureuse. Par ailleurs, HRW ne remet jamais en question la collaboration documentée entre les FARDC et des groupes anti-rwandais comme les Nyatura ou les Mai-Mai, pourtant coupables de nombreuses exactions.
HRW et les angles morts de la justice internationale
La méthodologie de HRW est sujette à caution. Leur rapport de juillet repose largement sur 36 appels téléphoniques, des témoignages indirects et des images satellites non géolocalisées. Le rapport évite soigneusement de vérifier les versions contradictoires qui pourraient impliquer d’autres acteurs, comme les FDLR ou les milices pro-gouvernementales.
En se concentrant uniquement sur le M23, HRW crée une fausse dichotomie morale: le M23 (et donc le Rwanda) comme bourreaux, et les FARDC/FDLR/Coalition Wazalendo comme victimes. Cette présentation est à la fois inexacte et dangereuse. Elle efface les souffrances des Tutsis congolais, victimes de discriminations, de déplacements, et de massacres depuis les années 1990. Leur douleur n’aurait-elle pas, elle aussi, droit à la reconnaissance internationale?
Le rôle de la Belgique et l’hypocrisie occidentale
Des pays comme la Belgique, avec leur passé colonial et leurs intérêts miniers en RDC, ne sont pas des observateurs neutres. Les ONG européennes financées par ces Etats influencent les narratifs internationaux en fonction d’intérêts géopolitiques. La Belgique a historiquement soutenu des factions hostiles au Rwanda et offert un soutien politique à certains réseaux congolais corrompus.
Pourquoi HRW ne remet-il jamais en question le rôle de la Belgique ou des autres Etats occidentaux dans le maintien du statu quo? Pourquoi ne s’intéresse-t-il pas à la logistique internationale qui alimente indirectement les groupes armés à travers la MONUSCO et les forces congolaises?
M23: pour Bouc émissaire ou défenseur ?
Le M23 est le symptôme, pas la cause de la crise congolaise. Il est né du non-respect des accords de paix, de la persécution ethnique et de l’échec de l’Etat congolais à protéger toutes ses communautés. Contrairement aux FDLR, le M23 n’est pas une organisation génocidaire. L’assimiler à un groupe de génocidaires est non seulement injuste, mais aussi intellectuellement malhonnête.
Le M23 a plusieurs fois appelé au dialogue, à la réintégration, et aux réformes. Leur combat est celui de populations abandonnées à elles-mêmes, et ignorées par la communauté internationale.
Pour une approche honnête, pas une indignation sélective
Ce dont la RDC a besoin, ce ne sont pas des sanctions sélectives, des rapports biaisés ou des accords de paix symboliques signés à huis clos. Ce dont elle a besoin, c’est d’une reconnaissance honnête des véritables sources de l’instabilité : gouvernance défaillante, hypocrisie internationale, impunité des groupes armés, et refus de désarmer les FDLR.
Tant que tous les acteurs ne seront pas traités avec la même rigueur et la même exigence morale, la paix dans les Grands Lacs ne sera qu’un mirage.
Par Par Marie Sédoine Baraka

