Le génocide des Tutsi visait extermination d’un groupe ethnique, pas un nombre – Dr Bizimana
Le ministre rwandais de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, Dr Jean-Damascène Bizimana, a vivement réagi aux déclarations du Français Jean-François Le Drian. Ce dernier, intervenant sur la plateforme X, a affirmé que le Rwanda n’aurait “jamais compté un million de Tutsi”, insinuant que le génocide de 1994 n’aurait pas pu faire autant de victimes. Pour Jean-Damascène Bizimana, il s’agit d’un propos négationniste et d’une tentative de réécrire l’histoire.
Le génocide perpétré contre les Tutsi: un crime établi
Le Dr Bizimana a rappelé que le génocide commis contre les Tutsi entre avril et juillet 1994 n’est pas une question de chiffres, mais de volonté politique d’exterminer un groupe en raison de son identité, conformément à la définition du droit international. Ce génocide est reconnu par les Nations Unies, jugé par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) et enseigné dans le monde entier comme l’un des crimes les plus atroces du XXᵉ siècle.
Selon Dr Bizimana, les propos de M. Le Drian contredisent les nombreuses données démographiques établies depuis la période coloniale. À titre d’exemple:
- Dès 1930, les recensements belges classaient la population en ethnies: environ 84 % de Hutu, 15 % de Tutsi et 1 % de Twa.
- En 1952, une enquête démographique au Ruanda-Urundi confirmait la présence de 17,5 % de Tutsi.
- En 1960, les études de l’anthropologue Marcel D’Hertefelt, basées sur 100 000 familles, estimaient la proportion de Tutsi à 16 %.
- Des administrateurs belges comme Guy Logiest publiaient des chiffres encore plus précis: certaines régions comptaient 22 à 30 % de Tutsi (Kibuye, Nyanza, Astrida, Shangugu).
Ces statistiques montrent clairement que la population tutsi représentait bien plus qu’une minorité résiduelle.
Manipulation sous les régimes Kayibanda et Habyarimana
Selon plusieurs chercheurs, dont le démographe Simon Sebagabo, les régimes de Grégoire Kayibanda puis de Juvénal Habyarimana ont volontairement réduit le nombre officiel de Tutsi dans les recensements. Cette falsification servait à justifier des politiques discriminatoires: limitation dans l’accès aux écoles, aux emplois publics et exclusion quasi totale de l’armée.
Des experts des Nations Unies ayant participé aux recensements des années 1980 ont eux-mêmes reconnu que leurs résultats, qui donnaient parfois plus de 30 % de Tutsi, avaient été modifiés par les autorités de l’époque. La «détutsisation», inscrite dans des textes politiques dès 1959, visait à maintenir artificiellement les Tutsi à moins de 10 % de la population.
Plus d’un million de victimes en 1994
En réalité, au début des années 1990, la population tutsi représentait entre 25 % et 30 % des Rwandais dans plusieurs régions. À Runyinya, dans la préfecture de Butare, ils atteignaient même 50 %. Ces chiffres permettent de comprendre pourquoi, en 1994, le nombre de Tutsi dépassait largement le million.
Ainsi, contester cette réalité historique revient à nier l’ampleur du crime commis. “Affirmer que les Tutsi n’ont jamais été un million au Rwanda, c’est vouloir effacer les victimes et banaliser le genocide”, a dénoncé Dr Bizimana.
Dans son message sur X, le ministre a enfin insisté sur la nécessité de respecter la mémoire des victimes et de lutter contre toute forme de négationnisme. “Le Rwanda,reste déterminé à défendre la vérité historique et à protéger les générations futures contre la manipulation et la haine.” a-t-il rappelé.


Le Dr Bizimana a rappelé que le génocide commis contre les Tutsi entre avril et juillet 1994 n’est pas une question de chiffres, mais de volonté politique d’exterminer un groupe en raison de son identité. C’est ici où il faut chercher le titre. Le peuple est rwandais mais le gouvernement génocidaire a voulu exterminer un groupe faisant partie de ce peuple