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Les clés du secteur Tumba au cœur du procès en appel du Dr Sosthène Munyemana à Paris

Les clés du secteur Tumba au cœur du procès en appel du Dr Sosthène Munyemana à Paris

Le Dr Sosthène Munyemana, actuellement en procès en appel devant la Cour d’assises de Paris en France, a reconnu qu’au moment du génocide contre les Tutsi, il avait reçu les clés du bureau du secteur de Tumba, dans la préfecture de Butare (actuel district de Huye), où il enfermait des personnes qui cherchaient refuge, estimant qu’elles y seraient en sécurité.

Ce médecin, bien connu dans la ville de Butare pour son travail à l’hôpital universitaire et à l’ancienne Université nationale du Rwanda (UNR), a été condamné en décembre 2023 à 24 ans de réclusion pour génocide, crimes contre l’humanité et complicité dans ces crimes. Les faits qui lui sont reprochés ont été commis dans le secteur de Tumba.

Depuis l’enquête jusqu’au procès, plusieurs témoins ont affirmé qu’il avait enfermé de nombreux Tutsi dans les bureaux du secteur, dont il détenait les clés, avant qu’ils ne soient tués et jetés dans des fosses.

Le Dr Munyemana a déclaré que le 23 avril 1994, il avait reçu les clés de François Bwanakeye, alors conseiller du secteur de Tumba, alors que de nombreux Tutsi cherchaient refuge. Il a expliqué qu’à cette époque, les autorités lui faisaient confiance.

Le médecin a raconté que la première fois qu’il s’était rendu au bureau du secteur pour ouvrir la porte aux Tutsi réfugiés, il avait trouvé entre 20 et 30 personnes encerclées par des miliciens Interahamwe déjà très agressifs. «J’ai insisté pour dire que j’étais envoyé par Bwanakeye et qu’il viendrait après. Quand j’ai ouvert la porte, les réfugiés sont rapidement entrés, et les Interahamwe n’ont rien fait. J’ai refermé la porte pour qu’ils soient en sécurité», a-t-il dit.

Le Dr Munyemana a expliqué qu’en constatant l’absence de moyens essentiels comme l’eau ou la nourriture, et le manque de sécurité, il avait considéré que c’était au conseiller Bwanakeye d’assurer leur protection. «En les mettant à l’intérieur, j’ai vu qu’ils ne pouvaient pas y rester longtemps, alors j’ai appelé Bwanakeye pour qu’il vienne vite, car ces gens étaient toujours en danger. J’ai pensé que mon rôle était de les mettre à l’abri, et que leur sécurité relevait de Bwanakeye», a-t-il ajouté.

Le juge lui a demandé pourquoi il n’avait pas rendu les clés à Bwanakeye s’il estimait que ce dernier devait s’occuper de la sécurité des réfugiés. Il a répondu que le conseiller lui avait dit ne pas pouvoir quitter son domicile à cause de la présence d’Interahamwe rôdant aux alentours. Le Dr Munyemana a précisé que ce n’est que le 24 avril 1994 que Bwanakeye avait pu se rendre au bureau du secteur, et qu’à partir de ce moment-là, la suite le concernait.

Interrogé sur les raisons pour lesquelles il n’avait pas remis les clés aux Tutsi enfermés dans le bâtiment, afin qu’ils puissent ouvrir eux-mêmes en cas de besoin, il a répondu: «Je ne voulais pas que quelqu’un d’autre partage les clés avec moi.» Il a soutenu que leur remettre les clés aurait pu mettre leur vie davantage en danger, car les tueurs, quatre ou cinq d’entre eux armés de bâtons et de gourdins, rôdaient souvent autour du bâtiment.

Lorsqu’on lui a demandé s’il avait averti Bwanakeye que les tueurs pouvaient forcer la porte et tuer les réfugiés enfermés, il a reconnu ne pas l’avoir fait. Il a déclaré avoir gardé les clés du bureau du secteur de Tumba du 23 avril jusqu’au 15 mai, date à laquelle il les a finalement rendues à Bwanakeye.

Bien que le Dr Munyemana ait affirmé avoir enfermé les Tutsi pour les protéger, un témoin à décharge a déclaré au tribunal que les enfermer dans un bâtiment public revenait à les condamner à mort. «Les placer dans un bâtiment de l’État, c’était les condamner à mourir, car tout le monde les aurait repérés», a déclaré un témoin, le 28 septembre dernier.

Le verdict du procès en appel entamé le 16 septembre dernier est attendu le 24 octobre 2025.

Par Sosthène Musonera

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