Débat sur le retard de l’Afrique: Le président Kagame s’accorde avec l’internaute Lonzen Rugira
La clôture du 18ᵉ Forum du Unity Club Intwararumuri, le 8 novembre 2025, a été marquée par un échange significatif sur les causes profondes du retard de développement du continent africain. Devant un amphithéâtre rempli à l’Intare Conference Arena de Rusororo, le président Paul Kagame a interpellé l’assemblée d’une question directe, posée avec réflexion: “Comment se fait-il que des pays avec lesquels nous étions au même niveau il y a cinquante ou soixante ans soient aujourd’hui cent fois plus avancés?”
Le silence attentif qui a suivi a ouvert la voie à une série d’interventions. Sur scène, des responsables de haut niveau, le ministre des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe, son prédécesseur Dr Vincent Biruta, l’ancien ministre Dr Charles Murigande, ainsi que des responsables religieux et des médecins, ont tenté d’apporter des éléments de réponse. Le temps imparti n’a toutefois permis que des éclairages succincts, chacun laissant entrevoir des pistes à approfondir.
Une réflexion qui dépasse les murs d’Intare Conference Arena
Parmi les interventions, celle du Dr Charles Murigande a attiré l’attention. Il a affirmé que l’un des problèmes majeurs du continent résidait dans le comportement de certains dirigeants qui, selon son expression, “mangent avant les autres et ne laissent rien, et parfois même mangent seuls”, à l’inverse de l’éthique d’un dirigeant supposé se servir en dernier.
Cette remarque a fait écho au-delà de la salle. L’analyste politique rwandais Lonzen Rugira l’a reprise dans une analyse approfondie publiée sur X, en anglais, revenant sur les thèmes soulevés par le chef de l’État. Lire le contenu sur X
Pour Rugira, les questions que pose le président Kagame ne sont jamais rhétoriques: elles cherchent à mobiliser les citoyens autour d’une recherche collective de solutions. Il soutient que les obstacles pesant sur l’Afrique trouvent leur origine dans une perte de mémoire collective, conséquence d’une colonisation qui a effacé, fragmenté ou affaibli les repères historiques et culturels des sociétés africaines.
Selon son analyse,
- la colonisation a durablement reconfiguré les mentalités,
- l’éducation coloniale a encouragé l’individualisme,
- les élites africaines ont souvent orienté leurs ambitions vers l’Occident plutôt que vers la transformation locale.
Cette élite, écrit-il, évalue fréquemment sa réussite selon des critères extérieurs: maîtrise de langues étrangères, scolarisation des enfants dans des systèmes occidentaux, recours à des soins médicaux à l’étranger, investissements hors du continent. Il y voit une forme de déconnexion du destin collectif, au détriment de toute ambition de transformation profonde.
Rugira rappelle également que le concept d’agaciro, souvent interprété de manière matérielle, renvoie d’abord à la restauration de la dignité collective et de la confiance en une capacité d’action partagée.
Le président Kagame s’accorde avec l’internaute
La publication de Lonzen Rugira a attiré l’attention du président Kagame. Sur X, celui-ci lui a adressé une réponse directe et explicite: “I think you argued this quite well, Lonzen…!?” (Je pense que vous avez bien argumenté, Lonzen…!?)
Par cette réponse, le président Kagame a exprimé son accord avec l’analyse de l’internaute, soulignant la pertinence et la profondeur de sa réflexion. Un tel échange public entre un chef d’État et un citoyen sur un sujet stratégique témoigne de l’importance que le président accorde à cette discussion.
En invitant les responsables politiques, les intellectuels et le public à poursuivre cette réflexion, un véritable devoir à domicile, comme il l’a exprimé à l’Intare Conference Arena, le président Kagame souhaite prolonger le débat au-delà du forum. Un débat désormais relayé sur les réseaux sociaux et appelé à nourrir une réflexion collective sur les voies de transformation du continent africain.

