Affaire Félicien Kabuga: le ministre Bizimana dénonce un déni de justice internationale
Dans un message publié sur son compte X, le ministre rwandais de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, Dr Jean Damascène Bizimana, a vivement critiqué la décision de la justice internationale de ne pas juger Félicien Kabuga, financier du génocide contre les Tutsi. Il y voit un déni de justice et une tolérance inacceptable face à l’idéologie génocidaire encore véhiculée par les FDLR.
Le ministre commence sa réflexion en se posant cette question: “Peut-on fêter Noël dans l’injustice?” Il explique avoir été interpellé par un survivant des crimes de Félicien Kabuga, profondément affecté par ce qu’il qualifie de mansuétude persistante de la communauté internationale à l’égard des crimes des FDLR. Selon ce survivant, il est difficile de parler de paix tant que les démolisseurs de la paix continuent de propager impunément leur haine et leur idéologie génocidaire.
Les FDLR assimilées à un nazisme tropical
Dans son message, Dr Jean Damascène établit un parallèle entre l’idéologie des FDLR et le nazisme. Il estime que les FDLR perpétuent une idéologie criminelle comparable à celle d’Adolf Hitler et de ses partisans, responsables du génocide des Juifs.
À ses yeux, de la même manière que l’Occident ne tolère jamais le nazisme et l’antisémitisme, il devrait en être de même pour les FDLR, qu’il qualifie de nazisme tropical. Une telle position permettrait, selon lui, aux victimes de ces crimes d’espérer un avenir meilleur.
Le ministre rappelle que Félicien Kabuga fut l’un des principaux soutiens des FDLR avant son arrestation et surtout le financier du génocide contre les Tutsi. En fuite depuis 1994, Kabuga a échappé à la justice pendant plus de vingt-cinq ans avant d’être arrêté par la police française le 20 mai 2020, dans la banlieue parisienne, à l’âge de 85 ans.
Dr Bizimana souligne que, s’il avait été arrêté à la fin du génocide, comme d’autres responsables, Kabuga aurait été jugé par le Tribunal pénal international pour le Rwanda. Il estime que les juges ont eu tort de l’avoir déclaré inapte à être jugé en 2023 pour des raisons liées à son âge.
Une décision contestée au sein même des juges
Le ministre rappelle que cette décision n’a pas été prise à l’unanimité. Le juge marocain Mustapha El Baaj a exprimé une opinion dissidente, s’appuyant sur des jurisprudences, notamment celles de l’ancien tribunal de l’ONU pour le Timor oriental et de juridictions de common law.
Ces références juridiques reconnaissent explicitement que l’aliénation mentale ou l’amnésie ne suffisent pas à conclure à l’inaptitude à être jugé.
Le juge El Baaj a également contesté le caractère irréversible de la maladie de Kabuga, soulignant que ce dernier avait démontré sa capacité à comprendre la procédure judiciaire. Il a notamment relevé que Kabuga avait volontairement renoncé à comparaître à certaines audiences, demandé la révocation de son avocat, puis assisté régulièrement aux audiences après le rejet de cette demande.
Des précédents judiciaires ignorés
Dr Jean Damascène Bizimana estime que les juges auraient également dû s’inspirer de l’exemple de la justice allemande. Il cite la condamnation, le 21 décembre 2022, d’Irmgard Furchner, âgée de 97 ans, pour des crimes commis dans le camp de concentration de Stutthof, ainsi que celle de Bruno Dey, ancien gardien du même camp, condamné à l’âge de 93 ans.
Pour le ministre, ces décisions démontrent clairement que l’âge avancé ne constitue pas un obstacle absolu à la justice.
Le ministre conclut que le Mécanisme résiduel de l’ONU, qui a remplacé le Tribunal pénal international pour le Rwanda, a gravement manqué à son devoir de justice en refusant de juger Félicien Kabuga à l’âge de 88 ans.
Soustraire un responsable majeur du génocide à la justice pour des raisons d’âge constitue, selon lui, un déni flagrant de justice, profondément douloureux pour les survivants.
Il souligne toutefois que, malgré cette injustice, Félicien Kabuga n’aura plus l’occasion de commettre d’autres crimes, exprimant l’espoir que les victimes puissent en tirer une mince consolation.

