Crise à l’Est de la RDC: Nduhungirehe ne voit pas la nécessité d’une nouvelle médiation
Dans une interview exclusive accordée à Jeune Afrique, le ministre rwandais des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Olivier Nduhungirehe, est revenu sur la situation sécuritaire persistante dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), l’état d’avancement des accords de paix signés à Washington et à Doha, ainsi que sur les relations entre le Rwanda et le Burundi.
Des accords jugés suffisants mais encore fragiles
Six mois après la signature de l’accord de Washington entre Kigali et Kinshasa, et deux mois après celui conclu à Doha entre le gouvernement congolais et le mouvement M23, le chef de la diplomatie rwandaise réfute l’idée d’une impasse du processus de paix. Selon lui, ces deux textes constituent «un cadre approprié et complet» pour parvenir à une paix durable dans l’est de la RDC, car ils s’attaquent aux causes profondes du conflit.
“Ce qui est nécessaire aujourd’hui, c’est la bonne foi et la volonté politique de les mettre en œuvre”, insiste Olivier Nduhungirehe, appelant à un engagement renouvelé des médiateurs américains et qataris pour ramener les parties autour de la table des négociations.
Alors que le président congolais Félix Tshisekedi s’est rendu à deux reprises à Luanda début janvier 2026 et que l’Angola évoque de nouvelles propositions de sortie de crise, le Rwanda se montre sceptique. “Il n’y a pas besoin d’un processus supplémentaire ni d’une nouvelle mediation”, tranche le ministre, estimant que les accords existants sont «à la fois adéquats et suffisants». Il rappelle que l’accord de Doha comprend huit protocoles, dont deux ont déjà été approuvés, les six autres restant à négocier.
Message de Washington après la chute d’Uvira
À la suite de la prise d’Uvira par le M23 le 10 décembre 2025, les États-Unis ont accusé le Rwanda de contribuer à une escalade régionale et ont évoqué de possibles sanctions. Le Ministre Nduhungirehe souligne l’existence d’un dialogue diplomatique actif avec Washington.
“Nous avons réaffirmé notre disponibilité à soutenir le processus de paix et notre volonté de faire taire les armes”, explique le ministre. Mais il dénonce dans le même temps les attaques et bombardements incessants menés ces derniers mois par l’armée congolaise contre les positions du M23 et contre la communauté banyamulenge, jugeant ces actions inacceptables et contraires aux engagements pris.
Relations difficiles avec le Burundi
Interrogé sur les relations entre le Rwanda et le Burundi, le ministre répond que des réunions entre responsables sécuritaires rwandais et burundais se sont tenues à la frontière les 14 et 28 décembre 2025, dans l’objectif de réduire les risques d’escalade.
“L’objectif du Rwanda a toujours été la désescalade”, souligne le ministre, tout en regrettant que certaines déclarations publiques du président burundais Évariste Ndayishimiye et de son chef de la diplomatie compliquent les efforts de rapprochement. Malgré ces tensions, le Rwanda affirme privilégier l’apaisement.
Il confirme aussi la présence continue de troupes burundaises sur le sol congolais. “Plus de 20 000 militaires ont été déployés dans le Sud-Kivu”, affirme-t-il, accusant ces forces d’avoir instauré un véritable blocus ethnique autour de Minembwe et de ses environs, au détriment des Banyamulenge, dans un contexte marqué par des discours de haine.

