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La violence en RDC rappelle les signes avant-coureurs du génocide de 1994 – Ministre Ugirashebuja

La violence en RDC rappelle les signes avant-coureurs du génocide de 1994 – Ministre Ugirashebuja

Le ministre rwandais de la Justice, Dr. Emmanuel Ugirashebuja, a alerté sur la montée des violences et des discours de haine visant les communautés tutsies en République démocratique du Congo (RDC), estimant qu’ils présentent des similitudes troublantes avec les dynamiques qui ont précédé le génocide contre les Tutsi en 1994.

Il s’exprimait le 23 février à Genève, lors de la session “Durban 25”, organisée autour du thème: “Comment l’impunité face aux discours de haine alimente les cycles de violence et l’instabilité régionale”.

Le discours de haine, prélude à la violence

“Le Rwanda adopte une position très ferme contre les discours de haine et la rhétorique liée au génocide en raison de son histoire”, a déclaré le ministre.

Selon lui, le génocide contre les Tutsi a été largement alimenté par une propagande médiatique systématique et des discours de haine diffusés pendant des années.

“Le génocide, y compris celui perpétré contre les Tutsi, n’est jamais un événement spontané. Il est méticuleusement planifié et se développe sur plusieurs années, précédé par des facteurs conditionnants tels que l’idéologie génocidaire et la déshumanisation”, a-t-il souligné.

Il a rappelé que ses racines remontent bien avant 1994, citant notamment le «Manifeste des Bahutu» de 1957 et les «Dix commandements du Hutu» de 1959, qui ont contribué à préparer le terrain idéologique du génocide.

Des avertissements ignorés par la communauté internationale

Dr. Emmanuel Ugirashebuja a également évoqué les signaux d’alerte lancés avant 1994, restés sans réponse.

Il a mentionné les mises en garde du Rapporteur spécial des Nations unies René Degni-Ségui ainsi que celles du commandant de la MINUAR (Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda, une mission de maintien de la paix des Nations unies déployée au Rwanda entre 1993 et 1996), le général Roméo Dallaire, qui avaient alerté sur les risques d’extermination des Tutsi.

“Ces échecs illustrent les conséquences tragiques de l’inaction”, a-t-il affirmé, estimant que l’incapacité de la communauté internationale à réagir précocement continue d’alimenter les crises actuelles dans la région.

La situation actuelle en RDC jugée préoccupante

L’ancienne Conseillère spéciale des Nations unies pour la prévention du génocide, Alice Wairimu Nderitu, a rappelé que le génocide contre les Tutsi n’a pas commencé avec des armes, mais avec des mots, diffusés à travers la radio, les journaux et une propagande organisée qui a déshumanisé les Tutsi pendant des décennies.

Elle a souligné que plusieurs personnes accusées de participation au génocide circuleraient toujours librement en RDC et ailleurs, continuant à propager des idéologies anti-Tutsi.

“Le négationnisme du génocide n’est pas un simple débat intellectuel abstrait. Il affaiblit la responsabilité, retraumatise les survivants et fragilise les mécanismes normatifs qui protègent les communautés vulnérables”, a-t-elle déclaré.

Comparant les discours ayant précédé le génocide de 1994 à ceux visant aujourd’hui les Tutsi congolais, elle a jugé les similitudes profondément préoccupantes.

Des appels à la responsabilité judiciaire

L’avocat belge Bernard Maingain, engagé depuis plusieurs années sur les questions d’idéologie génocidaire dans l’est de la RDC, a mis en garde contre la persistance des discours de haine et de la violence.

Il a révélé qu’un groupe d’avocats a saisi le Procureur général et des instances internationales concernant des propos tenus le 27 décembre sur la chaîne nationale congolaise RTNC par le porte-parole de l’armée congolaise, le général-major Sylvain Ekenge, accusés de cibler des femmes et des familles tutsies.

“Tous ces dossiers ont été portés devant les tribunaux sans qu’aucune conséquence ne soit observée. Nous constatons que les propagateurs de discours de haine bénéficient parfois d’échos favorables de la part des autorités”, a-t-il déploré.

“Tant que ces discours ne seront pas combattus fermement, il y aura des consequences”, a-t-il averti.

Le ministre Ugirashebuja a rappelé que le Rwanda s’est doté d’un cadre juridique strict criminalisant l’idéologie génocidaire, le négationnisme et les discours de haine, avec pour objectif d’empêcher que de telles dynamiques ne dégénèrent à nouveau en violences massives.

À travers ces interventions, la session de Genève a mis en lumière une préoccupation centrale: l’impunité face aux discours de haine demeure un facteur majeur d’instabilité régionale, et l’histoire récente du Rwanda constitue, selon les intervenants, un avertissement que la communauté internationale ne peut se permettre d’ignorer.

Les discours de haine perdureront tant que le FDLR restera actif – Nduhungirehe

Quant au ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, l’Ambassadeur Olivier Nduhungirehe, il a alerté sur la persistance et la propagation des discours de haine dans la région des Grands Lacs, estimant qu’ils continueront de se répandre tant que le groupe armé FDLR, fondé par des responsables du génocide contre les Tutsi de 1994, restera actif.

 

 

Photo – Capture d’écran

Il a souligné que lorsque les discours de haine ne sont pas combattus et qu’ils sont banalisés ou instrumentalisés politiquement, ils deviennent le point de départ de violences. Il a regretté que, 25 ans après la Déclaration de Durban, les discours haineux et les crimes qui en découlent persistent, notamment dans l’est de la RDC, où le FDLR, pourtant sanctionné par le Conseil de sécurité de l’ONU, continue d’opérer.

Le chef de la diplomatie rwandaise a averti que l’impunité favorise la survie et la transmission de l’idéologie génocidaire à travers les générations. Selon lui, l’inaction face aux discours de haine entraîne la marginalisation de certaines communautés, leur assimilation à des étrangers et l’enracinement de discriminations au sein même des institutions politiques et sécuritaires, ouvrant la voie à la violence.

Il a notamment évoqué la situation au Sud-Kivu, en particulier à Minembwe, où les Banyamulenge sont victimes d’attaques et d’un isolement organisé, qu’il a qualifiés de signes préoccupants de crimes contre l’humanité.

L ministre Nduhungirehe a appelé la communauté internationale à agir rapidement contre les discours de haine et a proposé la mise en place d’un mécanisme régional coordonné pour lutter efficacement contre cette menace et contre la culture de l’impunité.

Anastase Rwabuneza

Journaliste chevronné avec plus de 20 ans d'expérience, Anastase Rwabuneza est un expert accompli des médias. Du reportage à la presse écrite, en passant par la radio et l'analyse d'actualité, il excelle également dans la direction de rédactions et la gestion de projets médiatiques.

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