De quel ciel veulent émerger les négationnistes face à l’évidence historique du Génocide perpétré contre les Tutsi?
À l’approche de la date mémorable du 7 avril, le Ministre de l’Unité Nationale et de l’Engagement Civique, le Dr Jean Damascène Bizimana, a publié un long message rappelant les fondements historiques et judiciaires établissant la réalité de ce crime, tout en dénonçant les tentatives persistantes de négation. Revenant sur les trente-deux ans écoulés depuis le début de la tragédie, il démonte les tentatives de falsification en s’appuyant sur l’arsenal juridique international qui a gravé dans l’histoire la planification et l’exécution du génocide contre les Tutsi.
Le Ministre rappelle d’emblée que le projet et l’exécution du génocide furent établis par des experts internationaux dès 1994, puis confirmés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) et les Nations Unies.
Il souligne l’évolution cruciale de la reconnaissance internationale : si le 23 décembre 2003, l’ONU consacrait le 7 avril comme journée de réflexion, elle a franchi une étape décisive le 26 janvier 2018. Pour « lever tout doute », l’ONU a établi l’appellation officielle: “Journée internationale de réflexion sur le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994”.
Cette sémantique précise vise à nommer sans ambiguïté le crime et ses victimes, une vérité qui, selon le Ministre, “gêne les génocidaires et leurs sympathisants comme le fils de l’ancien président Juvénal Habyarimana”.
1994 : Des rapports d’experts sans ambages
Le Dr Bizimana exhume des faits judiciaires essentiels pour revisiter l’histoire. Il cite le Rapporteur spécial René Degni Segui qui, après une enquête menée du 9 au 20 juin 1994, publiait dès le 28 juin un constat sans appel:
“La qualification de génocide doit être d’ores et déjà retenue en ce qui concerne les Tutsi. La Communauté internationale assiste à une tragédie humaine qui semble être bien orchestrée. Les massacres sont d’autant plus horribles et terrifiants qu’ils se donnent pour programmés, systématiques et atroces.”
Cette analyse fut corroborée par la Commission d’experts mise sur pied par la résolution 935 du 1er juillet 1994. Leur rapport préliminaire du 4 octobre 1994 concluait à “l’existence de preuves accablantes” d’un génocide commis de manière “concertée, planifiée, systématique et méthodique” par des éléments hutus.
Le socle du TPIR : Condamnations et aveux historiques
Le Ministre rappelle que le Conseil de Sécurité a créé le TPIR par la résolution 955 du 8 novembre 1994. Durant vingt ans, cette juridiction a condamné 65 auteurs, consacrant judiciairement l’entente en vue de commettre le génocide. Deux piliers jurisprudentiels sont mis en avant:
L’aveu de Jean Kambanda: Le 1er mai 1998, le Premier ministre du Gouvernement génocidaire plaidait coupable de onze crimes. Dans sa plaidoirie, il a précisé avoir dirigé un gouvernement chargé d’exécuter un génocide “planifié d’avance par le régime précédent du général Juvénal Habyarimana”.
Le jugement Jean-Paul Akayesu : Le 2 septembre 1998, le tribunal établissait la matérialité du crime: “Les massacres visaient un objectif déterminé : celui d’exterminer les Tutsis, choisis spécialement en raison de leur appartenance au groupe ethnique tutsi, et non pas parce qu’ils étaient des combattants du FPR.”
En apothéose judiciaire, la Chambre d’appel a conclu le 16 juin 2006 qu’il était un “fait de notoriété publique” qu’entre le 6 avril et le 17 juillet 1994, un génocide avait été commis contre le groupe ethnique tutsi.
La résolution 2150 : Un rempart contre le négationnisme
Le Dr Bizimana insiste sur la portée de la résolution 2150 du 16 avril 2014, qui impose à tous les États de lutter contre le négationnisme. Il cite des extraits fondamentaux rappelant que plus d’un million de personnes ont été tuées et condamnant “sans réserve toute negation”.
Cette résolution demande également la coopération pour arrêter les neuf fugitifs restants et les dirigeants des FDLR, tout en incitant les États à instaurer des programmes éducatifs pour les générations futures.
De quel ciel veulent-ils émerger ?
En conclusion de son argumentation, le Ministre dénonce nommément ceux qu’il qualifie de négationnistes s’obstinant à “nier l’indéniable, falsifier l’infalsifiable et défendre l’indéfendable”: Jean Luc Habyarimana, Leon Habyarimana, Antoine Mukiza Zigiranyirazo et Gustave Mbonyumutwa.
Selon lui, leur tentative désespérée d’innocenter le régime criminel de Juvénal Habyarimana est une insulte à l’évidence.
Le Dr Bizimana termine par un avertissement solennel: la commémoration de ce génocide unique doit véritablement servir de mémoire pour que la prévention soit le but ultime de tout humain et de tout État.

