Forum des jeunes à Rusororo: Le ministre Bizimana appelle les jeunes à connaître l’histoire pour protéger l’avenir
“Aucun génocide ne commence par les massacres. Tout commence par la construction d’une idéologie qui persuade un groupe de personnes qu’un autre groupe constitue une menace.”
C’est par cette mise en garde que le ministre de l’Unité Nationale et de l’Engagement Civique, Jean-Damascène Bizimana, s’est adressé à près de 2 000 jeunes réunis à Rusororo, dans le district de Gasabo, lors de l’édition 2026 de l’ “Igihango cy’Urungano”, organisée dans le cadre de Kwibuka 32.
Invité à retracer le cheminement historique ayant conduit au génocide perpétré contre les Tutsi en 1994, le ministre a expliqué que les crimes de masse sont toujours précédés d’un long travail de conditionnement idéologique visant à déshumaniser un groupe de population et à légitimer sa persécution.
“On crée progressivement un groupe destiné à être tué et un autre destiné à tuer. C’est cela l’idéologie du génocide ; les massacres viennent ensuite”, a-t-il déclaré.
La négation de l’identité rwandaise des Tutsi comme fondement idéologique
Selon Jean-Damascène Bizimana, l’idéologie génocidaire au Rwanda a commencé à prendre forme à partir de 1957, avec la diffusion d’un discours politique fondé sur la haine ethnique et la négation de l’identité rwandaise des Tutsi.
“Une idéologie a été inventée pour faire croire que les Tutsi étaient des étrangers venus d’ailleurs, qu’ils n’étaient pas de véritables Rwandais et qu’ils opprimaient les Hutu, présentés comme les seuls habitants légitimes du pays”, a-t-il expliqué.
Le ministre a rappelé que cette propagande a progressivement été intégrée dans le débat politique. Il a notamment cité la création du parti politique PARMEHUTU en septembre 1959, dont les textes fondateurs affirmaient défendre exclusivement les intérêts des Hutu.
Au fil des années, a-t-il poursuivi, cette vision a été institutionnalisée et a nourri des politiques d’exclusion visant les Tutsi dans plusieurs domaines de la vie nationale.

Discrimination, exclusion et refus du retour des réfugiés
Jean-Damascène Bizimana a également évoqué les politiques mises en œuvre sous les régimes de Grégoire Kayibanda puis de Juvénal Habyarimana.
Il a notamment rappelé l’instauration de quotas ethniques dans l’éducation et l’emploi public, qui limitaient considérablement l’accès des Tutsi aux écoles, aux universités et à la fonction publique.
Selon lui, le refus du retour des réfugiés rwandais installés à l’étranger a constitué une autre étape majeure dans l’enracinement de cette politique d’exclusion.
Il a rappelé qu’en juillet 1986, la direction du MRND avait officiellement conclu que les réfugiés devaient rester hors du pays, au motif que le Rwanda ne disposait pas de suffisamment d’espace pour les accueillir.
Lorsque le Front Patriotique Rwandais (FPR) lança la lutte de libération en octobre 1990, le pouvoir en place répondit, selon le ministre, par une radicalisation accrue du discours politique et de la propagande ethnique.
Les massacres de 1990 à 1993, prélude au génocide
Le ministre a souligné que les violences commises contre les Tutsi dans plusieurs régions du Rwanda entre 1990 et 1993 constituaient déjà des signaux annonciateurs du génocide.
Les massacres perpétrés à Kibirira, Bugesera, Bigogwe, Kibungo et dans d’autres régions ont fait l’objet de nombreuses enquêtes nationales et internationales.
“Plusieurs rapports ont démontré que ces massacres étaient organisés avec l’implication de responsables de l’État”, a-t-il affirmé.
Jean-Damascène Bizimana a également évoqué la création et l’entraînement des milices Interahamwe, la distribution d’armes ainsi que la multiplication des discours appelant ouvertement à la haine des Tutsi.
Parmi les exemples cités figure le discours prononcé par Léon Mugesera à Ngororero, dans lequel il appelait à renvoyer les Tutsi “par la Nyabarongo”, une déclaration aujourd’hui considérée comme l’un des symboles de l’incitation publique au génocide.

Le rôle des élites dans la diffusion de l’idéologie génocidaire
Selon le ministre, la préparation du génocide ne fut pas uniquement l’œuvre des responsables politiques.
Des responsables administratifs, des militaires, des membres de partis extrémistes, mais aussi certains intellectuels et universitaires ont contribué à diffuser les théories racistes et les discours de haine qui ont préparé le terrain au génocide.
L’émergence du mouvement “Hutu Power” au début des années 1990 a, selon lui, marqué l’une des dernières étapes de cette radicalisation idéologique.
Face aux jeunes réunis à Rusororo, Jean-Damascène Bizimana a insisté sur l’importance de la connaissance historique comme rempart contre la manipulation et les idéologies extrémistes.
Il a invité la nouvelle génération à comprendre les différences entre un État qui protège ses citoyens et un État qui organise leur persécution.

