Verdict Rwamucyo: les rescapés de Gishamvu satisfaits du verdict
Les rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994 dans le secteur de Gishamvu, district de Huye, ont accueilli avec satisfaction la condamnation définitive du Dr Eugène Rwamucyo à 27 ans de réclusion criminelle par la Cour d’assises d’appel de Paris.
Si cette décision est perçue comme une victoire de la justice contre l’impunité, certains estiment néanmoins que la peine aurait pu être plus lourde en raison des multiples recours introduits par le condamné.
Ces réactions ont été recueillies le mardi 4 août 2026, lors d’une rencontre entre des habitants de la cellule de Nyumba, dans le secteur de Gishamvu, et des journalistes de PAX PRESS, venus échanger avec les survivants sur l’issue du procès.
Nous savions que son appel n’aboutirait pas
Pour Gérard Rutazigwa, président d’Ibuka dans le secteur de Gishamvu, la confirmation de la condamnation n’a constitué aucune surprise.
“Dès qu’il a interjeté appel, nous étions convaincus qu’il serait de nouveau déclaré coupable, car les faits retenus contre lui étaient établis. Nous pensions même que cette nouvelle procédure pourrait conduire à une peine plus sévère”, explique-t-il.
Selon lui, si le droit de faire appel est garanti à tout accusé, les survivants espéraient que cette nouvelle phase judiciaire permettrait de mettre en lumière d’autres éléments susceptibles d’aggraver la peine.
“Nous pensions qu’en contestant le premier jugement, il risquait de voir sa condamnation renforcée. Finalement, la Cour a confirmé la peine de 27 ans. Nous l’acceptons, mais beaucoup d’entre nous estimaient qu’elle aurait pu être plus lourde”, ajoute-t-il.
Une décision qui apporte un soulagement
Malgré cette réserve, les survivants affirment ressentir un profond soulagement après plusieurs décennies d’attente.
Pour Gérard Rutazigwa, l’essentiel demeure que justice ait été rendue.
“Nous sommes satisfaits qu’il ait été arrêté, jugé et condamné pour les crimes commis. Cela montre que les auteurs du génocide peuvent être poursuivis, même de nombreuses années après les faits et quel que soit le pays où ils se trouvent.”
Il ajoute que cette décision renforce la confiance des rescapés dans les institutions judiciaires et constitue un message fort contre l’impunité.
Donatille Yankurije, ancienne présidente de la juridiction Gacaca de Nyumba, rappelle que le Dr Rwamucyo est accusé d’avoir dirigé les opérations d’ensevelissement des victimes dans la région de Butare, notamment à Gishamvu, à l’aide d’engins de chantier.
Pour elle, la confirmation de sa condamnation dépasse le cadre d’un simple verdict judiciaire.
“Nous nous réjouissons que justice ait été rendue aux Rwandais. Le fait qu’il ait été condamné en première instance puis en appel montre que la communauté internationale reste aux côtés des victimes et contribue à la poursuite des responsables du génocide. C’est également un soutien important aux efforts du Rwanda en faveur de l’unité nationale et une preuve que de tels crimes ne resteront jamais impunis.”
Une leçon contre l’impunité
Pour le président d’Ibuka à Gishamvu, cette affaire constitue un avertissement adressé à tous les auteurs de crimes internationaux.
“Cette condamnation rappelle que toute personne ayant commis des crimes finira par répondre de ses actes. Elle rassure les citoyens en montrant que leurs souffrances ne sont pas oubliées et que leur voix peut être entendue, même devant des juridictions étrangères.”
Le procès en appel du Dr Eugène Rwamucyo s’est déroulé devant la Cour d’assises d’appel de Paris du 9 juin au 17 juillet 2026. À l’issue des audiences, la Cour l’a reconnu coupable de participation à une entente en vue de préparer le génocide, de complicité de génocide et de complicité de crimes contre l’humanité, confirmant ainsi la peine de 27 ans de réclusion criminelle prononcée en première instance en 2024.

