Nyanza–Kicukiro: le souvenir douloureux de l’abandon des Tutsi par la communauté internationale en 1994
Des milliers de personnes se sont rassemblées le 11 avril 2026 au mémorial du génocide de Nyanza, dans le district de Kicukiro, pour commémorer le 32e anniversaire du génocide perpétré contre les Tutsi et honorer la mémoire des victimes abandonnées à l’ancienne École Technique Officielle (ETO) de Kicukiro par les forces belges de la MINUAR.
Survivants, familles des victimes, autorités gouvernementales, corps diplomatique et habitants de Kigali ont pris part à cette cérémonie empreinte de recueillement, marquée notamment par une “marche de mémoire” reliant l’IPRC Kigali — ex-ETO — au site mémoriel de Nyanza.

Un abandon tragique devenu symbole de l’inaction internationale
Ce lieu abrite aujourd’hui plus de 105 000 victimes, dont environ 3 000 tuées sur la colline de Nyanza. Le 11 avril 1994, plus de 2 000 Tutsi qui s’étaient réfugiés à l’ETO, espérant y trouver protection, ont été abandonnés après le retrait des Casques bleus belges.
Livrés à eux-mêmes, ils ont été contraints de marcher jusqu’à Nyanza, où nombre d’entre eux ont été massacrés en chemin ou exécutés à leur arrivée à l’aide d’armes à feu et de grenades par les milices Interahamwe et des éléments des ex-FAR. À peine une centaine de personnes ont survécu, sauvées par l’avancée des combattants du FPR-Inkotanyi.
Un appel à la mémoire et à la responsabilité collective
Prenant la parole, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Olivier Nduhungirehe, a rappelé la gravité de cette tragédie, symbole de l’abandon des Tutsi par la communauté internationale.
Il a souligné que le 11 avril reste une date marquée par “l’horreur, la cruauté et une violence extreme”, tout en insistant sur la nécessité de poursuivre le devoir de mémoire. Le ministre a dénoncé l’inaction délibérée de certaines puissances qui, bien informées de la préparation du génocide, ont refusé d’intervenir ou même de reconnaître les faits en tant que génocide.
Il a néanmoins salué le courage de certaines personnalités et contingents étrangers qui ont tenté de sauver des vies, citant notamment les ambassadeurs Colin Keating (Nouvelle-Zélande), Ibrahim Gambari (Nigeria) et Karel Kovanda (République tchèque), qui avaient alerté le Conseil de sécurité des Nations unies, ainsi que des soldats ghanéens et le capitaine sénégalais Mbaye Diagne, qui a secouru de nombreux Tutsi au péril de sa vie.
Le ministre a également appelé les Rwandais à tirer les leçons de l’histoire: préserver la mémoire, combattre le négationnisme et l’idéologie génocidaire, et renforcer l’unité nationale. Il a réaffirmé que les forces qui ont mis fin au génocide demeurent vigilantes et capables de défendre le pays contre toute menace visant à replonger le Rwanda dans la violence.
Témoignages et engagement pour l’avenir
Les témoignages des survivants ont ravivé l’émotion. Issa Nsengiyumva, qui n’avait que neuf ans en 1994, a raconté comment il a perdu toute sa famille après le retrait des soldats belges. Unique survivant des siens, il a pu échapper aux massacres en fuyant vers la brousse avant d’être recueilli par les soldats du FPR.
Le président d’Ibuka, Philbert Gakwenzire, a pour sa part insisté sur la nécessité de poursuivre la lutte contre l’idéologie du génocide et de traduire en justice les responsables encore en fuite à travers le monde.

Il a particulièrement interpellé la jeunesse à rejeter les discours de division et les manipulations diffusées sur les réseaux sociaux, et à s’engager activement dans la préservation de la vérité historique.
De son côté, le maire de la ville de Kigali, Samuel Dusengiyumva, a adressé un message d’espoir, notamment aux jeunes, les appelant à porter le flambeau de la mémoire et à s’impliquer dans la prévention du génocide. Il a salué la résilience des survivants et leur contribution essentielle à la reconstruction du pays.
Dans une atmosphère de recueillement, les participants ont allumé la flamme de l’espoir, symbole de résilience et d’engagement à faire en sorte que de telles atrocités ne se reproduisent plus.


