À l’ONU, le Rwanda dénonce le silence international face aux violences contre les Banyamulenge et à la menace des FDLR
Lors d’une séance du Conseil de sécurité des Nations unies tenue le 12 décembre 2025, l’ambassadeur du Rwanda auprès de l’ONU, Martin Ngoga, a vivement critiqué l’inaction de la communauté internationale face aux graves préoccupations sécuritaires liées au groupe armé FDLR et aux violences persistantes visant les Banyamulenge dans la région de Minembwe, à l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Cette intervention est intervenue alors que les membres du Conseil de sécurité examinaient la recrudescence des affrontements opposant l’AFC/M23 à une coalition des forces armées congolaises, appuyées par l’armée burundaise, des groupes Wazalendo, des milices Mai-Mai, les terroristes des FDLR ainsi que des mercenaires, dans la plaine de la Ruzizi, au Sud-Kivu.
Selon l’ambassadeur Ngoga, ces combats résultent de violations répétées du cessez-le-feu par les forces engagées aux côtés de Kinshasa, en contradiction avec les engagements pris par le gouvernement congolais lors des discussions de paix de Doha, au Qatar. Il a rappelé que, bien avant les affrontements récents, les autorités de la RDC avaient publiquement laissé entendre qu’elles ne respecteraient pas ces engagements.
Au-delà des combats actuels, le représentant rwandais aux Nations-Unies a attiré l’attention sur une situation humanitaire qu’il a qualifiée de dramatique. Depuis 2017, a-t-il indiqué, les forces armées congolaises et des groupes Mai-Mai mènent des attaques répétées contre les communautés banyamulenge de Minembwe, entraînant la destruction d’environ 85 % de leurs villages. Il a également dénoncé le blocus imposé par l’armée congolaise, les forces burundaises et les milices alliées, empêchant ces populations d’accéder aux marchés et visant, selon lui, à les affamer.
Martin Ngoga a en outre fait état d’une intensification, en 2025, des bombardements aériens et d’attaques de drones contre des villages banyamulenge et des sites de déplacés, notamment dans la zone de Mikenke. Il a regretté que ces faits, pourtant portés à la connaissance de la communauté internationale, n’aient suscité aucune réaction concrète. Entre février et décembre de cette année, a-t-il précisé, quinze attaques aériennes ont été enregistrées dans la région, sans condamnation ni action de la part des instances internationales.
S’exprimant sur un ton critique, l’ambassadeur Ngoga s’est interrogé sur la responsabilité du Conseil de sécurité: “Faut-il comprendre que cette situation est inconnue de cette instance ou qu’elle est jugée sans importance?”, a-t-il lancé, appelant à examiner l’état du Sud-Kivu avant la reprise récente des hostilités.
Tout en réaffirmant l’attachement du Rwanda au respect de la souveraineté et de l’intégrité territoriale des États, Martin Ngoga a insisté sur le fait que la présence et le soutien accordé aux FDLR par la RDC constituent une menace directe pour la sécurité du Rwanda. Il a souligné que cette collaboration est documentée par des preuves irréfutables et par plusieurs résolutions du Conseil de sécurité appelant au démantèlement de ce groupe armé.
“La persistance des FDLR met en péril la sécurité régionale. Les faits sont établis: depuis près de trente ans, ce groupe bénéficie du soutien de l’État congolais. Il ne menace pas seulement l’intégrité territoriale du Rwanda, mais l’existence même de son people”, a-t-il affirmé.
L’ambassadeur a enfin mis en garde contre toute tentative de criminaliser les populations banyamulenge ou tutsies congolaises qui, selon lui, ne font que se défendre face à des violences répétées. Il a rappelé qu’un accord de paix et de coopération pour le développement économique avait été signé le 4 décembre 2025 entre le Rwanda et la RDC, réaffirmant le soutien des deux pays aux négociations de paix entre Kinshasa et l’AFC/M23.
Pour Martin Ngoga, seule une solution politique inclusive et sincère permettra de mettre fin durablement aux conflits dans la région des Grands Lacs. Mais, a-t-il conclu, cette issue dépend avant tout de la volonté réelle des parties concernées à honorer leurs engagements.

