Cabo Delgado: Le Rwanda recadre les «spéculations» sur le financement de ses troupes au Mozambique
Face aux récentes publications du journal Le Monde et du Wall Street Journal suggérant un possible retrait ou un chantage financier du Rwanda lié à des pressions diplomatiques, la porte-parole du gouvernement, Yolande Makolo, a apporté un démenti. Elle réaffirme la clarté de la position rwandaise: la mission à Cabo Delgado est une question de sécurité régionale et de nécessité stratégique, loin des «hallucinations» médiatiques.
Pour Yolande Makolo, la position n’a jamais changé et elle est de notoriété publique. Le déploiement à long terme des forces de sécurité rwandaises dans les opérations conjointes de lutte contre le terrorisme au Mozambique nécessite un cadre de financement pérenne.
“Ayant jusqu’à présent supporté l’essentiel du fardeau financier de ces opérations, une transition vers un financement plus équitable est une nécessité stratégique”, a précisé Mme Makolo sur son compte X.
Elle insiste sur le fait que cette position de bon sens est totalement indépendante des rapports publiés par des sources anonymes, visant notamment l’article de Philippe Jacqué (Le Monde) à Bruxelles, où «l’opposition à la coopération sécuritaire du Rwanda avec le Mozambique ne s’est jamais tue».
Démenti formel sur les « hallucinations » du Wall Street Journal
La porte-parole a fermement rejeté les allégations de Nicholas Bariyo (Wall Street Journal), qualifiant ses écrits de « spéculations sans fondement » et de « journalisme contraire à l’éthique ». Elle a notamment démenti tout lien entre des sanctions américaines et une prétendue menace du Rwanda d’arrêter de combattre l’État islamique.
Mme Makolo a rappelé qu’une délégation rwandaise se trouvait à Washington en mars pour des réunions de routine au Département d’État dans le cadre de l’Accord de paix de Washington :
“Aucun commentaire de la sorte n’a été prononcé par notre ambassadeur aux États-Unis. Il s’agit de l’une des nombreuses hallucinations rapportées.”
Le rôle des partenaires et du gouvernement hôte
Sur la question sensible des fonds de la Facilité européenne pour la paix (FEP), la mise au point est nette : le Rwanda n’a pas sollicité et ne sollicitera pas de fonds supplémentaires par ce canal. Cette responsabilité incombe au Mozambique et à ses partenaires disposant d’investissements majeurs dans la région.
“Le déploiement du Rwanda nécessite un financement durable, et il appartient au gouvernement hôte et à ses partenaires ayant des investissements majeurs à Cabo Delgado d’y pourvoir, comme cela a toujours été le cas.”
Une montée en puissance des effectifs (6 300 personnels)
La publication rectifie également une erreur factuelle majeure relayée par la presse européenne concernant les effectifs au sol. Alors que les médias évoquent souvent les 2 000 hommes du déploiement initial de 2021, les chiffres actuels s’élèvent à plus de 6 300 personnels.
Cette augmentation massive est une réponse directe à l’élargissement du champ des opérations et à la nécessité de combler le vide sécuritaire laissé par le retrait de la Mission de la SADC au Mozambique (SAMIM) en 2024.
En conclusion, Yolande Makolo rappelle les véritables enjeux de cette présence militaire:
- Les civils mozambicains : Principales victimes des attaques de l’EI, ils ont pu regagner leurs foyers et reprendre une vie normale grâce à la mission conjointe.
- Les intérêts énergétiques mondiaux : Les investissements gaziers à Cabo Delgado profitent à la sécurité énergétique de l’Europe et du monde, et non aux intérêts directs du Rwanda.
Elle réaffirme que le Rwanda intervient à Cabo Delgado en réponse à une demande explicite de soutien du gouvernement du Mozambique et se dit satisfait d’avoir contribué à la défaite des terroristes aux côtés de ses alliés.

