FDLR: Le ministre Nduhungirehe dénonce une manipulation de Kinshasa après l’annonce d’un protocole de désarmement
Alors que le gouvernement congolais présente la signature d’un protocole de désarmement, de démobilisation et de cantonnement comme une avancée majeure dans la mise en œuvre des engagements de Washington, le Rwanda rejette cette lecture et accuse Kinshasa de chercher à contourner ses obligations sécuritaires.
Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) a annoncé la signature d’un protocole avec les FDLR portant sur leur désarmement, leur démobilisation et leur cantonnement. Kinshasa présente cette initiative comme une évolution importante dans l’application de l’accord de paix conclu entre la RDC et le Rwanda à Washington, sous la facilitation des États-Unis.
Le porte-parole du gouvernement congolais et ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, estime que cette étape constitue un “tournant majeur” dans la gestion de la question des FDLR. Selon lui, le protocole s’inscrit dans le cadre des engagements prévus par les accords de Washington et le Concept des opérations (CONOPS) qui leur est rattaché.
Avec le ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, Patrick Muyaya est revenu sur cette évolution lors d’un briefing consacré à la mise en œuvre du processus de paix. Le gouvernement congolais affirme que le protocole doit contribuer à résoudre la question des FDLR, un groupe armé présent dans l’est de la RDC depuis plusieurs décennies.
Kinshasa soutient également que la question des FDLR a longtemps été utilisée par Kigali pour justifier son implication militaire dans l’est congolais. Cette lecture est cependant fermement rejetée par les autorités rwandaises.
Le Rwanda conteste l’interprétation de Kinshasa
Réagissant à l’annonce congolaise, le ministre rwandais des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Olivier J.P. Nduhungirehe, a contesté le lien établi par Kinshasa entre le protocole signé avec les FDLR et les accords de Washington.
Selon lui, les FDLR ne sont pas parties aux accords de Washington et ne peuvent donc pas être considérées comme signataires ou partenaires de ces accords. Il estime que le protocole conclu entre Kinshasa et les représentants des FDLR ne correspond pas aux dispositions convenues entre la RDC et le Rwanda.
Pour Nduhungirehe, la question centrale demeure l’exécution des engagements sécuritaires prévus dans le CONOPS et l’Ordre opérationnel (OPORD). Le ministre Nduhungirehe accuse ainsi Kinshasa de chercher, à travers ce nouveau protocole, à retarder ou à contourner ses obligations en matière de neutralisation des FDLR.
“Il s’agit donc ici d’une grossière manipulation de Kinshasa”, a affirmé le chef de la diplomatie rwandaise, qui considère cette démarche comme une manœuvre destinée à gagner du temps.
Kinshasa considère que le protocole de désarmement, de démobilisation et de cantonnement constitue une étape concrète de la mise en œuvre de ses engagements. Kigali, de son côté, insiste sur la nécessité d’une neutralisation effective des FDLR et estime qu’un accord politique conclu avec le mouvement ne saurait se substituer aux obligations sécuritaires prévues dans le cadre de Washington.
Le ministre rwandais affirme par ailleurs que, depuis la conclusion de l’accord de paix de Washington, Kinshasa aurait continué à soutenir militairement les FDLR. Il accuse également les autorités congolaises d’avoir favorisé leur organisation politique, notamment à travers des personnalités liées à l’ancien régime rwandais et vivant en Europe principalement Jean-Luc Habyarimana, Fabien Singaye, Thomas Nahimana et Thadée Kwitonda.
L’accord signé le 4 décembre 2025 par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame prévoit notamment la neutralisation des FDLR et le désengagement des forces, dans le cadre plus large du processus de paix.

