“Foi en la Vie – Malgré tout”: le récit de Pacifique Kayihura, rescapé du génocide contre les Tutsi à Kibungo
C’est à Kigali que Pacifique Kayihura, survivant du Génocide contre les Tutsi, a présenté le 15 mai 2026 son livre intitulé “Foi en la Vie – Malgré tout”. Ce livre-témoignage revient sur le parcours d’un enfant devenu adulte à travers l’une des pages les plus sombres de l’histoire contemporaine, et sur la longue reconstruction d’une vie marquée par la perte, la survie et la résilience.
Originaire de Kibungo, dans l’actuel district de Ngoma (Province de l’Est), Pacifique Kayihura avait 13 ans en 1994, alors qu’il achevait ses études primaires. Pris dans la violence, il se retrouve contraint de fuir avec sa mère et sa sœur face aux attaques des miliciens Interahamwe et de certains éléments militaires. Leur fuite les mène notamment à l’hôpital de Kibungo, puis vers le quartier de Musamvu, dans une tentative désespérée d’échapper aux persécutions.
Malgré ces efforts, le drame familial est total. Sa mère et sa sœur sont tuées et jetées dans la fosse durant le génocide. Pacifique Kayihura en sort seul survivant de sa famille, une expérience qui marque durablement sa vie.
La survie du jeune garçon est rendue possible grâce à plusieurs interventions successive: la protection de sa mère dans les premiers instants de la crise, l’aide de certains voisins, ainsi que l’intervention de proches et de soldats du Front patriotique rwandais lors de la progression des combats à Kibungo et Mutenderi. Ces gestes, souligne-t-il, ont été déterminants dans sa survie.

Après la tragédie, il est recueilli et élevé par sa grand-mère maternelle. Il reprend ensuite le chemin de l’école et poursuit ses études dans un petit séminaire, avant de rejoindre l’Université du Rwanda à Huye (UR), où il étudie l’interprétariat. Il complète plus tard sa formation par un master au Cameroun. Aujourd’hui, Pacifique Kayihura est marié et père de trois enfants. Il vit et travaille à Abidjan, en Côte d’Ivoire, au sein d’une institution financière internationale.
À travers “Foi en la Vie – Malgré tout”, l’auteur livre un témoignage intime sur la survie et la reconstruction après le génocide. Le récit retrace la rupture brutale de l’enfance en avril 1994, la fuite permanente, la peur, mais aussi les actes de courage et d’humanité qui ont permis de traverser l’indicible.
L’ouvrage ne se limite pas à la mémoire du drame. Il explore également la “vie d’après”: les silences intérieurs, les blessures psychologiques, les cauchemars persistants, mais aussi le long chemin vers la résilience. L’auteur met en lumière une transformation progressive, passant de la douleur et de l’amertume à une forme d’acceptation et de reconnaissance de la vie.
Dans une interview avec La Une, Pacifique Kayihura rend un hommage appuyé à sa mère, décrite comme une figure de foi, de courage et d’altruisme, dont les derniers instants sont marqués par un acte de pardon face à ses agresseurs et tueurs. Pour lui, cet héritage moral constitue un repère fondamental dans son parcours de reconstruction.
Le livre se veut également un appel adressé aux survivants, aux victimes de violences et à toutes les personnes confrontées à la perte de sens. Il défend l’idée que, même après l’horreur, il reste possible de choisir la dignité, de refuser la haine et de cultiver la compassion.
“Foi en la Vie – Malgré tout” se présente ainsi comme un témoignage de mémoire et d’espérance, rappelant que la survie ne s’arrête pas au jour de la libération, mais se poursuit dans le long combat pour reconstruire une existence, donner un sens à la douleur et transmettre un message de paix.

