“Juvénal Habyarimana à la tête des planificateurs du génocide perpétré contre les Tutsi” – Ministre Jean Damascène Bizimana
À l’approche de la période de commémoration du génocide perpétré contre les Tutsi, le ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, Jean-Damascène Bizimana, met en garde contre la recrudescence des discours négationnistes et des tentatives de falsification de l’histoire.
Dans une publication récente sur son compte X, il rappelle une série de faits marquants de mars 1994, démontrant, selon lui, la responsabilité directe du régime de Juvénal Habyarimana dans la préparation du génocide.
D’après le ministre, la radicalisation du discours de haine s’intensifie à mesure que les dates de commémoration approchent. Il souligne que cette dynamique n’est pas nouvelle et s’inscrit dans une continuité historique, notamment depuis octobre 1990, période durant laquelle le projet génocidaire a été progressivement structuré par le pouvoir en place et les partis extrémistes dits du “Hutu Power”.
Une propagande de haine structurée
Le 1er mars 1994, la Radio-Télévision Libre des Mille Collines (RTLM) diffuse un message appelant les milices Interahamwe et la population hutu à s’unir pour combattre “l’ennemi” et ses “complices”, des termes désignant explicitement les Tutsi et toute personne opposée à l’idéologie génocidaire. Ce discours s’inscrit dans une doctrine déjà formalisée dès 1992 au sein de l’armée rwandaise.
Ces appels à la violence suscitent l’inquiétude de la communauté internationale. L’ambassadeur de Belgique à Kigali, Johan Swinnen, alerte alors son gouvernement par télégramme. Mais ces signaux d’alerte resteront sans effet concret pour empêcher la tragédie à venir.
Pressions sur la MINUAR et militarisation
Le même jour, le président Habyarimana reçoit le général Roméo Dallaire, chef de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR), en présence du ministre de la Défense Augustin Bizimana.
Ils exigent la restitution d’armes saisies à l’aéroport de Kanombe, introduites en violation de l’embargo des Nations unies. Ces armes étaient destinées, selon Bizimana, au programme d’”autodéfense civile”, un dispositif qui servira à armer les milices impliquées dans le génocide.
Multiplication des violences et blocage politique
Le 25 novembre 1992, le parti MDR en province de Kigali rural a alerté le président Habyarimana dans une lettre dénonçant clairement la responsabilité de hauts dirigeants du MRND dans un massacre. Parmi eux figuraient le Ministre de l’intérieur et du Développement communal, Faustin Munyazesa, le préfet, Come Bizimungu, ainsi que l’ancien secrétaire général du MRND et bourgmestre de Shyorongi, Bonaventure Habimana, et Alexandre Hitimana. Les Interahamwe de Shyorongi ont été soutenus par des miliciens dirigés par Aloys Ngirabatware, beau-frère du président Habyarimana. Cette attaque a coûté la vie à plusieurs Tutsi.
Le 15 mars 1994, des civils sont assassinés à Kinihira par des éléments des forces gouvernementales (ex-FAR) et des milices Interahamwe.
L’attaché militaire français, le colonel Bernard Cussac, alerte Paris sur le risque imminent de massacres ethniques, estimant que la MINUAR ne serait pas en mesure d’y mettre fin.
Dans le même temps, le processus politique issu des Accords d’Arusha est paralysé. Le 21 mars, Habyarimana rejette la liste des membres du gouvernement de transition proposée par Faustin Twagiramungu, exigeant l’intégration du parti extrémiste CDR, pourtant exclu des accords pour son opposition ouverte à ces derniers.
Des signaux publics inquiétants
Le 20 mars 1994, lors d’une rencontre avec l’équipe de Rayon Sports, Habyarimana tient des propos ambigus et menaçants, affirmant n’avoir jamais perdu et être prêt à “briser les jambes” de ses adversaires. Pour le ministre Bizimana, ces déclarations constituent une métaphore claire de son refus d’appliquer les accords de paix et de son intention d’éliminer ses opposants.
Ces propos font écho à un discours prononcé en novembre 1992 à Ruhengeri, où le président avait déjà incité les milices à “descendre sur le terrain”, prélude à des violences qui feront des victimes parmi les Tutsi et les opposants hutu.
Organisation systématique du génocide
À la fin du mois de mars 1994, la planification du génocide s’intensifie. Le 28 mars, Ferdinand Nahimana appelle à l’union des Hutu dans le cadre de l’“autodéfense civile” pour contrer une prétendue menace tutsie. Il incite explicitement à la mobilisation générale pour éliminer les Tutsi.
Le lendemain, le chef d’état-major, Déogratias Nsabimana, organise une réunion stratégique à Kigali réunissant autorités civiles, militaires et responsables des milices. Des armes y sont distribuées, renforçant l’appareil opérationnel du génocide.
Le 30 mars, le préfet de Kigali, Tharcisse Renzaho, transmet une liste détaillée de miliciens et de réservistes à mobiliser, avec leurs lieux de résidence. Parallèlement, l’organisation de défense des droits humains CLADHO dénonce les assassinats commis par la Garde présidentielle et les Interahamwe, appelant à leur désarmement, sans succès.
Ces préparatifs s’ajoutent à d’autres éléments accablants, comme l’établissement dès février 1994 d’une liste de Tutsi à Kigali, révélée par l’ancien gouverneur de la Banque nationale, Jean Berchmans Birara.
Une responsabilité historique affirmée
Pour le ministre Bizimana, ces faits constituent des preuves irréfutables de l’implication directe de l’État dirigé par Habyarimana dans la planification et l’exécution du génocide contre les Tutsi. Il dénonce les discours révisionnistes qui prétendent que le génocide aurait débuté après la mort du président, rappelant que sa préparation s’inscrivait dans une longue stratégie de violence, de persécution et de discrimination, entamée dès son arrivée au pouvoir en 1973.
“Ceux qui ignorent ou nient ces faits, s’exposent aux dangers de l’ignorance. Cela ne se reproduira plus.” conclut-il en substance.

