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Le Sénat rwandais déplore un manque de coordination entre les institutions dans la mise en œuvre des projets d’infrastructures

Le Sénat rwandais déplore un manque de coordination entre les institutions dans la mise en œuvre des projets d’infrastructures

Par Oscar Niyonizera

Le Sénat du Rwanda estime que le manque de coordination entre les institutions publiques dans la planification et la mise en œuvre des projets d’infrastructures continue de coûter cher au pays. Selon les sénateurs, cette absence de concertation entraîne non seulement des pertes financières importantes, mais accroît également les conséquences des catastrophes naturelles sur les populations et les biens.

Ce constat figure dans le rapport présenté par la Commission sénatoriale des Affaires étrangères, de l’Unité nationale et de la Sécurité, consacré à l’évaluation de la mise en œuvre des mesures de prévention et de réduction des risques de catastrophes.

Plus de 130 morts en 2025

Les chiffres présentés devant le Sénat illustrent l’ampleur du phénomène.

Au cours de l’année 2025, les catastrophes naturelles ont fait 130 morts, détruit plus de 1 800 habitations, ravagé plus de 1 100 hectares de cultures et entraîné la mort de plus d’une centaine de têtes de bétail.

Au premier trimestre de 2026 (du 1er janvier au 30 mars), les catastrophes, notamment la foudre, les glissements de terrain et les inondations, ont encore coûté la vie à 28 personnes.

Pour la Commission, une partie importante de ces dégâts aurait pu être évitée grâce à une meilleure coordination entre les institutions responsables de la conception, de la planification et de l’exécution des projets d’infrastructures.

“Chaque institution agit de son côté”

La présidente de la Commission, la sénatrice Murangwa Ndangiza Hadija, a expliqué que les infrastructures continuent parfois d’être réalisées sans prise en compte suffisante de leurs impacts environnementaux.

“La construction des routes, des bâtiments et d’autres infrastructures continue de dégrader l’environnement”, a-t-elle déclaré.

Elle a notamment cité le cas de routes construites sans dispositifs adéquats d’évacuation des eaux pluviales, une situation qui favorise les inondations, provoque des pertes en vies humaines et endommage rapidement les infrastructures ainsi que les biens des citoyens.

Selon elle, lorsque les différentes institutions travaillent séparément, sans planification commune, les investissements réalisés sont souvent détériorés prématurément, obligeant ensuite l’État à engager des dépenses supplémentaires pour les réparer.

Plus de 48,8 milliards de francs nécessaires pour corriger les erreurs

La Commission s’appuie notamment sur une inspection réalisée par le Rwanda Transport Development Agency (RTDA), qui a identifié 309 sites sur le réseau routier asphalté nécessitant la construction d’ouvrages de drainage afin de canaliser correctement les eaux vers les marécages ou d’autres zones adaptées.

“Plus de 300 sites nécessitent des travaux de drainage. C’est énorme”, a souligné la sénatrice Murangwa.

Selon les estimations présentées au Sénat, la réalisation de ces ouvrages coûtera plus de 48,8 milliards de francs rwandais, une dépense qui aurait pu être largement évitée si les infrastructures avaient été conçues dès le départ dans une approche intégrée.

La sénatrice a rappelé que réparer les conséquences d’une mauvaise planification revient souvent beaucoup plus cher que de prévenir ces problèmes lors de la conception des projets.

Les sénateurs réclament une meilleure coordination

Au cours des débats, plusieurs sénateurs ont dénoncé la persistance du manque de collaboration entre les institutions publiques.

Le sénateur Télésphore Ngarambe a estimé que cette question constitue le principal enseignement du rapport.

“Lorsqu’on lit ce rapport du début à la fin, on constate que le manque de coordination revient constamment. Lorsqu’une route est construite, son concepteur devrait également prévoir un système efficace d’évacuation des eaux”, a-t-il déclaré.

Selon lui, cette absence de planification oblige ensuite l’État à mobiliser des ressources importantes pour réparer les dégâts causés par les inondations.

Il a également souligné que les 48,8 milliards de francs rwandais nécessaires pour corriger les problèmes de drainage ne représentent qu’une partie des pertes, d’autres secteurs, notamment les activités minières et les carrières, étant eux aussi concernés.

Le sénateur a proposé que le Sénat joue un rôle plus actif dans le renforcement de la coordination entre les institutions et que des réunions régulières soient organisées entre les organismes chargés de l’environnement et ceux responsables des infrastructures, depuis la phase de conception jusqu’à l’exécution des projets.

Des études d’impact plus approfondies

Pour sa part, le sénateur Alphonse Nkubana a insisté sur la nécessité de réaliser des études approfondies avant tout projet d’infrastructure, en particulier les projets routiers, afin d’évaluer leurs conséquences sur les autres infrastructures et sur l’environnement.

La sénatrice Pelagie Uwera a, quant à elle, regretté que certaines institutions ne respectent pas toujours les recommandations de l’Autorité rwandaise de gestion de l’environnement (REMA), contribuant ainsi à l’aggravation de l’érosion et à la destruction des biens des populations.

Elle a notamment évoqué certains sites miniers qui ne sont pas correctement réhabilités après leur exploitation, obligeant ensuite la REMA à intervenir pour restaurer les zones dégradées.

En réponse, la présidente de la Commission a indiqué que cette problématique figurait parmi les priorités de suivi et a demandé au Sénat d’adopter une résolution visant à renforcer la coordination entre toutes les institutions concernées.

Éviter de construire… puis de démolir

À l’issue des échanges, les sénateurs ont estimé qu’il était indispensable d’améliorer la coordination entre les institutions dès la planification des projets d’infrastructures et tout au long de leur réalisation.

Ils ont notamment jugé inacceptable que le RTDA puisse financer la construction d’une route sans disposer simultanément des ressources nécessaires pour aménager les systèmes de drainage. Une telle situation conduit parfois à la dégradation rapide des routes sous l’effet des eaux, avant qu’elles ne soient partiellement démolies afin d’installer, après coup, les canalisations nécessaires.

Pour le Sénat, une planification intégrée entre toutes les institutions concernées permettrait d’éviter ces coûts supplémentaires et de mieux protéger les investissements publics ainsi que les populations face aux catastrophes naturelles.

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