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Marche pour la mémoire et la justice: À Kiziba, les réfugiés Tutsis congolais crient leur refus de l’oubli

Marche pour la mémoire et la justice: À Kiziba, les réfugiés Tutsis congolais crient leur refus de l’oubli

Les collines du district de Karongi, dans la province de l’Ouest du Rwanda, ont résonné aujourd’hui du pas lourd et mesuré d’une marche de la mémoire. Dans le camp de Kiziba, des milliers de réfugiés Tutsis congolais sont descendus dans les rues pour manifester. Entre deuil solennel et signal d’alarme, ce rassemblement n’était pas un simple hommage passif: il incarnait un refus catégorique de l’oubli et une interpellation directe de la communauté internationale.

En commémorant les massacres ciblés qui ont endeuillé leur communauté au fil des décennies, de la guerre de Kanyarwanda aux tueries de Mudende et au carnage de Gatumba, les manifestants ont rappelé que chaque victime porte un nom et qu’aucune injustice ne doit être effacée par le temps.

Sur les t-shirts arborés par les habitants du camp de réfugiés de Kiziba en ce 10 aoôt 2026, une phrase résume à elle seule la tragédie et la détermination d’une communauté : “Nous nous souvenons : lutter pour la justice, les droits et le rapatriement”.

Réunis pour commémorer la 22ᵉ année du massacre tragique de Gatumba au Burundi (2004) et la mémoire des leurs victimes de violences ciblées, les réfugiés Tutsis congolais du Rwanda ont publié, le 31 juillet 2026, un mémorandum poignant adressé aux plus hautes instances de l’ONU, de l’Union africaine, de l’Union européenne et aux diplomates de la région des Grands Lacs.

Une histoire de persécutions ciblées

Dans ce document signé par les représentants des cinq camps du Rwanda (Kiziba, Mahama, Nyabiheke, Kigeme et Mugombwa), les rescapés rappellent que les violences subies ne sont pas de simples “dommages collatéraux”, mais des crimes ciblés contre leur communauté en raison de son identité ethnique.

De la guerre de Kanyarwanda (1962-1964) aux massacres de Kirotshe, Masisi, Walikale et Lubero en 1993, la persécution des Tutsis congolais s’inscrit dans une continuité historique tragique. L’arrivée en 1994 des ex-FAR et Interahamwe (devenus FDLR) en République Démocratique du Congo (RDC) a enraciné cette idéologie génocidaire, culminant lors des carnages de Mudende (1997) et de Gatumba (2004).

Aujourd’hui, les réfugiés dénoncent la continuité de ces violences en RDC. Ils pointent du doigt la coalition entre l’armée gouvernementale (FARDC), les milices Wazalendo, les FDLR et les forces burundaises. Le mémorandum dénonce l’impunité dont bénéficient les auteurs de discours de haine, la propagation de messages hostiles sur les médias d’État (RTNC) et des exactions d’une barbarie inouïe, allant jusqu’à des mutilations ciblées et des actes de cannibalisme.

L’urgence humanitaire et le piège de l’exil indéfini

Alors que certains réfugiés vivent dans ces camps depuis 31 ans, la situation sociale et économique atteint un seuil critique. Avec des allocations réduites à peine à 3 000 ou 5 000 francs rwandais par mois, l’accès à l’éducation supérieure et aux soins demeure extrêmement restreint.

“Aucune personne n’est née pour vivre, grandir et mourir dans un camp de réfugiés”, rappelle le texte. Les signataires dénoncent l’illusion de l’aide humanitaire prolongée et l’injustice structurelle consistant à confiner toute une génération dans l’errance, pendant que des milliards de dollars sont investis sans résoudre les causes politiques et sécuritaires du conflit.

Les exigences pour une paix durable

Face à ce constat, les représentants des réfugiés réclament des actes concrets et immédiats de la part de la communauté internationale:

  • Un rapatriement sécurisé et coordonné: La mise en place d’un programme de retour volontaire, surveillé par les instances internationales dans le cadre d’accords tripartites (HCR-Rwanda-RDC), sur la terre de leurs ancêtres.
  • La neutralisation des groupes armés: L’application stricte des processus de paix (accords de Doha et Washington) exigeant le démantèlement des FDLR et des milices Wazalendo.
  • La fin de l’impunité: Des sanctions ciblées contre les incitateurs au haine identitaire et une réforme de la MONUSCO afin qu’elle cesse toute collaboration indirecte avec les milices anti-tutsies.
  • La justice transitionnelle: La reconnaissance officielle des crimes commis et la restitution des biens et cheptels pillés.

Exprimant leur profonde gratitude envers le gouvernement rwandais et les pays hôtes pour leur accueil, les réfugiés Tutsis congolais concluent sur un appel solennel: l’heure n’est plus aux rations alimentaires ni aux tentes de secours, mais à la restitution de leur dignité, de leur sécurité et de leur droit au sol en RDC.

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