Procès Rwamucyo: les rescapés de Gishamvu dénoncent une négation de leur souffrance
Alors que le procès en appel du Dr Eugène Rwamucyo se poursuit devant la cour d’assises d’appel de Paris, plusieurs rescapés du génocide perpétré contre les Tutsi originaires du secteur de Gishamvu, dans le district de Huye, contestent fermement la version des faits avancée par l’ancien médecin. Ils estiment que ses déclarations constituent une nouvelle blessure pour les survivants et dénoncent ce qu’ils considèrent comme une tentative de présenter des actes criminels sous un angle humanitaire.
Le Dr Eugène Rwamucyo est notamment poursuivi pour des faits liés au génocide perpétré contre les Tutsi dans l’ancienne préfecture de Butare. Selon l’accusation, il aurait participé à l’ensevelissement de victimes dans des fosses communes. L’accusé soutient pour sa part que ces opérations répondaient à des impératifs de santé publique, afin d’éviter la propagation de maladies, les corps étant exposés en pleine saison des pluies. Il nie avoir agi avec une intention criminelle.
Il ne distinguait pas les morts des survivants
Pour les rescapés de Gishamvu, cette défense est irrecevable.
Ils affirment que les fosses ne contenaient pas uniquement des personnes décédées, mais également des blessés encore vivants. Selon eux, si le Dr Rwamucyo avait réellement été animé par des considérations humanitaires, il aurait d’abord cherché à identifier et secourir les survivants.
“L’humanité aurait consisté à vérifier si toutes les personnes étaient réellement mortes avant de les ensevelir. On entendait encore les gémissements de ceux qui respiraient. Au lieu de cela, tout le monde était jeté ensemble, comme des déchets”, témoigne l’un des survivants.
Pour lui, la véritable dignité aurait été d’offrir une sépulture respectueuse aux victimes, et non de les entasser indistinctement dans des fosses communes.
En tant que médecin, il aurait dû sauver des vies
Un autre rescapé rappelle que le Dr Rwamucyo exerçait la profession de médecin au moment des faits.
Selon lui, sa responsabilité aurait dû être de porter secours aux blessés.
“Il était médecin. Il aurait pu séparer les blessés de ceux qui étaient déjà morts, prodiguer des soins à ceux qui pouvaient encore être sauvés et organiser leur évacuation. Rien de cela n’a été fait”, affirme-t-il.
Les survivants estiment ainsi que les arguments avancés aujourd’hui par l’accusé sont incompatibles avec ce qu’ils ont vécu sur le terrain.
Dire qu’il s’agissait d’un acte d’humanité nous blesse profondément
Plusieurs témoins disent éprouver une profonde souffrance en entendant le Dr Rwamucyo qualifier ses actes de geste humanitaire.
“Lorsqu’il affirme avoir agi par humanité, cela nous fait énormément souffrir. Ce n’était pas de l’humanité, mais une cruauté extrême. S’il avait réellement voulu sauver des vies, il aurait retiré les personnes encore vivantes des fosses”, explique un survivant.
Il ajoute que ces déclarations ravivent les traumatismes laissés par le génocide.
“Chaque fois que j’entends cette version des faits, je ressens une douleur immense. Cela réveille des souvenirs extrêmement difficiles à supporter”, confie-t-il.
Les rescapés demandent au Dr Rwamucyo de cesser, selon leurs termes, de “blesser une nouvelle fois les Rwandais” en présentant ses actes comme des interventions humanitaires.
“Ce n’était pas un acte d’humanité. C’était de la barbarie. Nous avons déjà suffisamment souffert”, résume l’un d’eux.
Le procès en appel du Dr Eugène Rwamucyo a débuté le 9 juin 2026 devant la Cour d’assises de Paris et doit s’achever le 16 juillet 2026. En première instance, en 2024, il avait été condamné à 27 ans de réclusion criminelle pour complicité de génocide, participation à une entente en vue de la préparation du génocide et complicité de crimes contre l’humanité. Il conteste l’ensemble de ces condamnations et demande son acquittement.

