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RDC: la crise Mobondo, une guerre ignorée aux portes de Kinshasa

RDC: la crise Mobondo, une guerre ignorée aux portes de Kinshasa

Par Danny Kirenga

Alors que l’attention internationale demeure largement concentrée sur l’est de la République démocratique du Congo (RDC), une crise tout aussi grave se déroule dans l’ouest du pays, à quelques kilomètres seulement de Kinshasa. Depuis plus de trois ans, les violences liées à la milice Mobondo ont causé la mort de plusieurs milliers de personnes et provoqué le déplacement de centaines de milliers de civils, dans une indifférence quasi générale.

À l’origine, il s’agit d’un conflit foncier local, né dans la province du Maï-Ndombe. Deux communautés, les Teke et les Yaka, s’opposent autour de la redevance coutumière et des droits d’accès et d’exploitation des terres. Ce différend, longtemps cantonné à l’échelle villageoise, dégénère progressivement. De cette tension communautaire émerge un groupe armé: les Mobondo. Structurée autour de revendications foncières, la milice s’en prend d’abord aux chefs coutumiers teke et à leurs proches, avant d’élargir ses attaques à l’ensemble de la communauté.

La violence s’étend alors bien au-delà du Maï-Ndombe, gagnant plusieurs provinces voisines. Elle atteint récemment la commune de Maluku, à l’entrée orientale de Kinshasa, faisant de cette crise un enjeu sécuritaire direct pour la capitale. Selon les rapports de l’Église catholique et de Caritas Belgique, les exactions commises sont d’une extrême brutalité. Des civils auraient été brûlés vifs, décapités ou jetés dans des rivières. Le bilan humain est lourd: plus de 5 000 morts et environ 280 000 déplacés, contraints de fuir leurs villages.

Au-delà des pertes humaines, la crise a des répercussions économiques majeures. Sur le plateau des Batéké, l’agriculture constitue la principale source de revenus. Or, l’insécurité empêche désormais les paysans d’accéder à leurs champs. Cette paralysie affecte directement les circuits d’approvisionnement de Kinshasa, notamment pour des produits essentiels comme le charbon de bois utilisé pour la cuisson. La crise Mobondo n’est donc pas seulement une catastrophe humanitaire; elle représente aussi une menace tangible pour la stabilité économique de la capitale.

Face à l’ampleur des violences, les autorités congolaises ont déployé les Forces armées de la RDC. Mais sur le terrain, cette réponse apparaît largement insuffisante. Les attaques se poursuivent et la milice conserve une capacité de nuisance élevée, profitant de l’enclavement des zones rurales et de l’absence durable de l’État. À cette réponse sécuritaire limitée s’ajoute un autre facteur déterminant: le silence. L’accès des journalistes aux zones affectées est restreint, empêchant toute couverture indépendante du conflit. Une situation dénoncée par l’Église catholique, qui accuse les autorités de laisser cette crise passer sous silence.

Ce déficit de visibilité contraste avec l’importance stratégique de la situation. Rares sont les conflits armés ayant atteint une telle proximité avec Kinshasa sans provoquer de mobilisation nationale ou internationale significative. Cette indifférence interroge, d’autant que la persistance des violences fait peser un risque sécuritaire croissant sur la capitale elle-même.

Pour l’Église catholique, l’un des rares acteurs à documenter et alerter sur la crise, une réponse strictement militaire ne suffira pas. Elle plaide pour un dialogue impliquant l’État central, les autorités locales et les représentants communautaires afin de s’attaquer aux causes profondes du conflit: la gestion foncière, l’autorité coutumière et l’abandon institutionnel des zones rurales. Faute d’une réponse politique crédible, la crise des Mobondo pourrait continuer de s’étendre, transformant un conflit foncier local en une menace durable pour la stabilité de l’ouest congolais et de Kinshasa.

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