RDC: la diplomatie de Tshisekedi dans toutes les directions, symptôme d’une stratégie sans boussole
Par Danny Kirenga
Depuis le déclenchement de la nouvelle phase de la guerre dans l’Est de la République démocratique du Congo, le président Félix Tshisekedi a multiplié les initiatives diplomatiques censées conduire à la paix.
Mais loin de produire une dynamique cohérente, cette accumulation de processus révèle surtout une gouvernance hésitante, marquée par l’improvisation, l’inconstance et le calcul politique à court terme.
Une diplomatie erratique
Processus de Luanda sous l’égide de João Lourenço, initiative de Washington portée par les États-Unis, médiation de la CENCO, cadre de l’Union africaine, nouvelles discussions relancées par l’Angola… Jamais le conflit congolais n’aura connu autant de canaux diplomatiques simultanés.
En théorie, cette mobilisation internationale pourrait être un atout. En pratique, elle s’apparente plutôt à une dispersion préoccupante.
Car chaque fois qu’un processus débouche sur des résolutions jugées politiquement inconfortables pour le pouvoir de Kinshasa, celui-ci s’en éloigne progressivement, en réduit la portée ou le relègue au second plan. Résultat: aucune initiative ne bénéficie de la continuité nécessaire pour produire des effets durables.
Le coût politique et financier de l’inconstance
Cette instabilité stratégique n’est pas sans conséquences. Sur le plan diplomatique, elle érode la crédibilité de la RDC auprès de ses partenaires, qui peinent à identifier un interlocuteur constant et une ligne officielle stable.
Sur le plan interne, elle nourrit le scepticisme d’une population qui voit se succéder sommets, annonces et engagements sans amélioration tangible de la situation sécuritaire.
À cela s’ajoute un coût financier considérable: déplacements officiels, dispositifs diplomatiques, mobilisations logistiques… autant de ressources engagées dans des cadres qui finissent souvent abandonnés sans bilan ni redevabilité.
Une confusion préjudiciable à la paix
Le problème n’est pas l’existence de plusieurs initiatives en soi, mais l’absence de coordination, de hiérarchisation et de vision stratégique. En laissant coexister quatre ou cinq processus parallèles, sans articulation claire entre eux, le pouvoir congolais affaiblit sa propre position et offre à ses interlocuteurs, alliés comme adversaires, un terrain favorable à la manipulation et au blocage.
La paix ne peut émerger d’une diplomatie erratique. Elle exige de la constance, de la cohérence et du courage politique, y compris lorsque les compromis proposés sont difficiles à assumer.
Une crédibilité à reconstruire
Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir combien de nouveaux processus peuvent être lancés, mais plutôt si le président congolais est prêt à s’inscrire durablement dans un cadre unique, crédible et contraignant.
Sans ce sursaut, les initiatives continueront de s’empiler… pendant que la guerre, elle, se poursuit.

