18 avril 1994: Mwulire et Gatwaro, deux tragédies jumelles d’un même projet d’extermination des Tutsi
Le 18 avril 1994 reste une date profondément gravée dans la mémoire des rescapés du Génocide contre les Tutsi. Ce même jour, à Mwulire dans l’Est et à Gatwaro dans l’Ouest, deux massacres d’une ampleur tragique se déroulent simultanément.
Mwulire: une résistance héroïque brisée dans le sang
Sur la colline de Mwulire, dans l’actuel district de Rwamagana, ce jour marque l’aboutissement tragique de plusieurs jours de résistance désespérée.
Depuis le 7 avril, des milliers de Tutsi s’y étaient regroupés, fuyant les massacres déclenchés à travers le pays. Armés de moyens rudimentaires – pierres, lances, arcs –, ils avaient réussi à repousser à plusieurs reprises les attaques des milices Interahamwe. Cette résistance, rare dans le contexte du génocide, témoigne d’une volonté de survivre.

Mais le 18 avril, la situation bascule. Face à cette résistance inattendue, les miliciens renforcent leurs moyens: des gendarmes, des militaires lourdement armés et même des soldats de la garde présidentielle interviennent. Les attaques sont appuyées par des tirs d’armes automatiques, mettant fin à toute possibilité de défense. Les massacres deviennent massifs et systématiques.
Ce jour-là, la colline de Mwulire est submergée par la violence. Des milliers de tutsi sont tuées. Les survivants, extrêmement peu nombreux, ne doivent leur salut qu’à la fuite ou à leur rencontre, deux jours plus tard, avec les combattants du Front patriotique rwandais.
Aujourd’hui, le site mémoriel de Mwulire abrite les corps de plus de 27 000 victimes, symbole d’un lieu où la résistance a existé, mais où la machine génocidaire a finalement triomphé.
Gatwaro: l’extermination planifiée au grand jour
Le même jour, à des centaines de kilomètres de là, de l’autre côté du lac Kivu, une autre tragédie d’une ampleur comparable se déroule au stade Gatwaro, à Kibuye (actuel district de Karongi).

Ici, le massacre ne fait pas suite à une résistance, mais à une stratégie de rassemblement et d’extermination. Les autorités locales, sous la coordination du préfet de l’époque, Clément Kayishema, avaient ordonné aux Tutsi de se regrouper au stade, leur faisant croire qu’ils y trouveraient protection.
En réalité, ce regroupement constituait un piège. Le 18 avril 1994, des militaires, des gendarmes et des miliciens Interahamwe encerclent le stade et lancent une attaque coordonnée. Les victimes, sans défense, sont massacrées en masse. Les témoignages évoquent une scène d’horreur où “la terre et le ciel ont abandonné” ceux qui s’y étaient réfugiés.
Ce massacre s’inscrit dans une campagne plus large d’extermination dans l’ancienne préfecture de Kibuye, où des dizaines de milliers de Tutsi ont été tués en quelques jours, dans des opérations organisées et systématiques.
Aujourd’hui, le site de Gatwaro est devenu un mémorial où reposent de nombreuses victimes, rappelant l’ampleur du crime et la responsabilité des autorités qui l’ont orchestré.
Une coïncidence tragique, symbole d’un génocide généralisé
La simultanéité des massacres de Mwulire et de Gatwaro, le 18 avril 1994, illustre avec une force particulière la nature nationale et coordonnée du Génocide contre les Tutsi.
À Mwulire, des hommes, des femmes et des enfants ont été exterminés après avoir tenté de résister. À Gatwaro, d’autres ont été piégés puis tués sans possibilité de défense. Deux réalités différentes, mais une même finalité: l’extermination total des Tutsi.
Cette coïncidence tragique souligne que, ce jour-là, que l’on résiste ou que l’on espère être protégé, l’issue imposée par les génocidaires restait la même.
Trente-deux ans plus tard, les commémorations organisées sur ces deux sites rappellent non seulement la mémoire des victimes, mais aussi l’importance de transmettre l’histoire, de lutter contre l’idéologie génocidaire et de préserver la vérité.
Mwulire et Gatwaro demeurent ainsi deux lieux emblématiques d’un même drame, survenus le même jour, dans une tragique convergence de violence planifiée et exécutée à l’échelle du pays.

