À New York, le Premier ministre Nsengiyumva appelle à une souveraineté africaine dans l’intelligence artificielle
Le Premier ministre rwandais, Dr Justin Nsengiyumva, a participé ce lundi 21 septembre 2026 à New York à la rencontre de haut niveau “Unstoppable Africa 2026”, organisée dans le cadre de la Global Africa Business Initiative. Il y a présenté l’expérience du Rwanda en matière de transformation numérique et appelé l’Afrique à prendre une place active dans le développement et la gouvernance des technologies émergentes, notamment l’intelligence artificielle (IA).

Dans son intervention, le Premier ministre a estimé que l’IA représente une opportunité majeure pour l’Afrique, tout en soulignant que son potentiel reste encore largement sous-exploité sur le continent. Pour lui, l’enjeu n’est donc plus seulement d’utiliser les technologies développées ailleurs, mais de déterminer qui les conçoit, les développe et en détient la valeur.
Le Rwanda mise sur ses infrastructures numériques
Justin Nsengiyumva a rappelé les investissements réalisés par le Rwanda au cours des dernières décennies dans les infrastructures numériques. Le pays dispose notamment d’une dorsale nationale en fibre optique et d’une couverture 4G qui atteint la quasi-totalité de la population. Des expérimentations de la 5G ont également été engagées.
Cette infrastructure a permis de numériser plus de 250 services publics et de mettre en place une plateforme nationale de paiements numériques, contribuant à faire du Rwanda une société tournée vers le numérique.
Le Premier ministre a également souligné l’importance d’un environnement réglementaire capable de favoriser l’innovation tout en protégeant les droits des citoyens. En 2023, le Rwanda a adopté une Politique nationale sur l’intelligence artificielle, tandis qu’une législation sur la protection des données est appliquée par un bureau dédié.
En juin 2026, le Conseil des ministres a par ailleurs approuvé la création d’une Agence nationale de l’intelligence artificielle, présentée par le Premier ministre comme la première du genre en Afrique, avec pour mission de soutenir la stratégie, la recherche, le développement et l’adoption de l’IA.
La souveraineté n’est pas l’autosuffisance
Pour le chef du gouvernement rwandais, l’IA ne peut toutefois se développer uniquement grâce aux algorithmes. Elle nécessite également une connectivité fiable, des services numériques accessibles et un cadre réglementaire digne de confiance.
Il a identifié le coût du calcul informatique et celui de l’énergie comme deux des principales contraintes auxquelles le Rwanda reste confronté. Ces défis renforcent, selon lui, l’importance de la souveraineté numérique.
Il a précisé que cette souveraineté ne signifie pas l’autosuffisance ni le rejet des entreprises internationales. Il a plutôt insisté sur la capacité des États à participer aux décisions et à conserver une partie de la valeur créée.
Il a proposé trois critères pour mesurer cette capacité: la possibilité pour un État de gouverner les données produites par ses citoyens, l’accès prévisible de ses institutions aux infrastructures numériques et la capacité des entreprises africaines à générer de la valeur, au-delà de la simple distribution de produits développés ailleurs.
Miser sur les talents africains
Le Premier ministre a également mis en avant le potentiel humain du continent. D’ici 2050, l’Afrique devrait disposer de la main-d’œuvre la plus importante et à la croissance la plus rapide au monde.
Au Rwanda, des investissements sont réalisés dans la formation de spécialistes de l’IA, notamment à travers Carnegie Mellon University Africa, l’African Institute for Mathematical Sciences (AIMS) et d’autres centres d’excellence.
L’objectif, a-t-il expliqué, n’est pas simplement de former des ingénieurs africains destinés à travailler à l’étranger, mais de leur permettre de concevoir des produits, de créer des entreprises et de les développer à l’échelle africaine et mondiale.
Dans cette perspective, Rwanda soutient notamment Smart Africa et le Africa AI Council, afin de favoriser une harmonisation des politiques et des réglementations permettant aux innovations de circuler plus facilement entre les pays africains.
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