Orléans refuse l’inhumation de Protais Zigiranyirazo, dit “Monsieur Z”
La justice administrative d’Orléans en France a confirmé, jeudi 28 août, l’interdiction d’inhumer dans la ville Protais Zigiranyirazo, surnommé « Monsieur Z », figure controversée du génocide des Tutsi au Rwanda. Cette décision intervient dans un climat de vives tensions avec les associations de mémoire comme Ibuka, inquiètes que sa tombe ne devienne un lieu de pèlerinage. Selon Le Monde avec AFP, le tribunal a estimé que l’inhumation présentait «un risque grave de troubles à l’ordre public», rejoignant ainsi les arguments de la municipalité d’Orléans.
Une décision exceptionnelle du tribunal administratif
Mardi 26 août, la mairie d’Orléans avait pris un arrêté interdisant l’inhumation, prévue pour le 28 août, invoquant un «risque sérieux de troubles». Le maire Serge Grouard avait souligné le caractère exceptionnel de la situation, rappelant qu’aucun document officiel ne permettait de retracer l’arrivée du corps en France. La municipalité considérait par ailleurs que la présence de plusieurs centaines de personnes aux obsèques, dans un contexte de tension avec les associations de rescapés et de mémoire, risquait de provoquer des débordements.
Saisie en urgence par la famille du défunt, la justice administrative a confirmé cette position. Dans son ordonnance, le tribunal a relevé qu’il existait «un contexte de tensions exacerbées avec les associations de mémoire des victimes du génocide» et que le risque que la tombe se transforme en un lieu de rassemblement ne pouvait être écarté.
La colère de la famille
L’avocat de la famille, Me Philippe Meilhac, a dénoncé une «atteinte extrêmement grave» aux droits fondamentaux liés à la sépulture. «Mes clients sont absolument catastrophés», a-t-il déclaré à l’Agence France-Presse (AFP), rappelant que le respect des rites funéraires fait partie intégrante des libertés fondamentales. L’avocat a annoncé son intention de déposer un pourvoi devant le Conseil d’Etat et d’envisager de nouvelles démarches juridiques pour obtenir l’autorisation d’inhumer le défunt ailleurs.
«Il y a aujourd’hui un corps dans une entreprise de pompes funèbres de la région d’Orléans. On ne peut pas le conserver indéfiniment de la sorte. Il faudra bien, à un moment donné, procéder à son inhumation», a insisté Me Meilhac.
Un personnage controversé
Mort le 3 août à l’âge de 87 ans, Protais Zigiranyirazo était le frère aîné d’Agathe Kanziga, veuve du président rwandais Juvénal Habyarimana. Ancien haut responsable de l’Etat rwandais, il avait été condamné en 2008 à vingt ans de prison pour génocide par le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR). Mais un an plus tard, la chambre d’appel l’avait acquitté.
Cet acquittement n’a jamais dissipé les soupçons qui entourent son rôle présumé au sein du cercle présidentiel, soupçonné d’avoir planifié le génocide. Pour de nombreux rescapés et associations de mémoire, « Monsieur Z » reste une figure symbolique d’un système politique accusé d’avoir préparé l’extermination des Tutsi.
Une affaire qui divise
L’interdiction de son inhumation à Orléans souligne combien la mémoire du génocide reste vive, trente et un ans après les faits. Entre les exigences de dignité funéraire de la famille et la volonté des autorités de prévenir tout trouble à l’ordre public, la justice a tranché en faveur de la sécurité et du respect de la mémoire collective.
Reste désormais à savoir où pourra être inhumé le corps de Protais Zigiranyirazo. Pour l’heure, son cercueil demeure dans une chambre funéraire, en attendant une solution définitive.

