Kigali ouvre la 46ᵉ Conférence ministérielle de la Francophonie: Un plaidoyer pour un engagement renouvelé en faveur des femmes
La capitale rwandaise accueille, du 18 au 20 novembre 2025, la 46ᵉ session de la Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF). Les travaux ont été officiellement ouverts par Madame Domitilla Mukantaganzwa, Présidente de la Cour suprême du Rwanda, sous le thème de la conférence: “30 ans après la Conférence de Beijing: la contribution des femmes dans l’espace francophone”.
Adopté en 1995, le Programme d’action de Beijing demeure, trois décennies plus tard, la référence internationale la plus visionnaire en matière de promotion des droits des femmes et d’égalité entre les sexes. Pourtant, comme l’a rappelé la présidente Mukantaganzwa, les avancées demeurent fragiles face à la multiplication des défis contemporains: conflits, crises climatiques, inégalités croissantes, violences basées sur le genre.
“Nous devons faire preuve d’une volonté politique forte afin de protéger les acquis des trente dernières années et bâtir des sociétés justes et inclusives”, a-t-elle insisté.
L’expérience rwandaise
Évoquant le parcours du Rwanda depuis 1994, Madame Mukantaganzwa a rappelé que le pays a délibérément choisi d’ancrer les femmes au cœur de sa reconstruction nationale. Mécanismes d’égalité dans les politiques publiques, suivi indépendant des engagements, données fiables pour orienter les réformes: un arsenal complet a été mis en place.
Parmi ces instruments, la budgétisation sensible au genre, obligatoire dans tous les secteurs publics, constitue un pilier majeur. Elle permet de garantir que les ressources nationales contribuent à réduire les inégalités et à renforcer l’autonomisation des femmes.
Ces efforts ont transformé la société rwandaise :
- 63,75 % des députés sont des femmes, un record mondial.
- Dans le secteur de la Justice, elles représentent près de la moitié des magistrats.
- Les femmes ont joué un rôle essentiel dans les juridictions Gacaca, devenant des vecteurs de vérité et de réconciliation.
- Aujourd’hui encore, elles forment la moitié des médiateurs de proximité, œuvrant contre les violences basées sur le genre et les abus envers les enfants.
À l’occasion des 30 ans de Beijing, Mme Mukantaganzwa a appelé à faire des engagements du passé des actions «mesurables et irréversibles.
La Secrétaire générale de la Francophonie alerte sur un monde secoué
Prenant la parole, la Secrétaire générale de la Francophonie, Madame Louise Mushikiwabo, a souligné la fragilité du contexte mondial, marqué par des conflits, des tensions post-électorales et une polarisation croissante.

Elle a déploré la difficulté de la Francophonie à répondre pleinement à ces crises, en raison du strict respect du principe de souveraineté des États membres. Selon elle, le multilatéralisme est en train de s’essouffler, ce qui renforce la nécessité pour la Francophonie de repenser ses approches.
Mushikiwabo a invité les ministres à dessiner ensemble une nouvelle carte de l’espace francophone: plus franche, plus audacieuse, et pleinement consciente du pouvoir des femmes à tous les niveaux de la société.
La Secrétaire générale a toutefois salué les progrès réalisés depuis la dernière session, notamment:
- l’envoi d’observateurs francophones aux élections dans plusieurs pays,
- des initiatives accrues de lutte contre la désinformation,
- une présence renforcée de la Francophonie dans les institutions internationales, dont l’Union africaine, la BAD et l’UNESCO,
- le développement de projets dans l’éducation et l’économie, dont le programme de mobilité des enseignants,
- une mission économique au Bénin, marquée par la signature de contrats d’une valeur de 30 millions d’euros.
Elle a également appelé les États à reconnaître la puissance des femmes dans la construction de la paix, la bonne gouvernance et la cohésion sociale, annonçant un nouveau programme destiné à favoriser l’accès des filles et des femmes aux compétences numériques et à l’intelligence artificielle.
La France réaffirme le rôle des femmes dans la paix

Éléonore Caroit, Ministre déléguée chargée de la Francophonie et des Partenariats internationaux et des Français de l’étranger, en même temps présidente de cette conférence, s’est réjouie que cette session mette en lumière le rôle central des femmes.
Elle a réaffirmé la vocation de la Francophonie comme espace de dialogue, d’écoute et de solutions partagées, rappelant que la durabilité des accords de paix dépend de la présence des femmes autour de la table des négociations.

