Tito Rutaremara éclaire l’histoire des Hutu, Tutsi et Twa avant et pendant la colonisation au Rwanda
Dans une série de messages publiés sur son compte X, l’honorable Tito Rutaremara revient sur l’histoire des Hutu, Tutsi et Twa. En s’appuyant sur une relecture des pratiques économiques anciennes et des interprétations introduites par la colonisation, il offre une mise en perspective qui vise à mieux comprendre l’origine des divisions qui ont marqué le Rwanda.
Avant la colonisation: des identités liées aux activités économiques
Selon Tito Rutaremara, avant l’arrivée des colonisateurs, les Rwandais se distinguaient principalement par leurs activités. À cette époque, partout dans le monde, les modes de subsistance reposaient sur l’agriculture, l’élevage, la chasse ou la pêche. Au Rwanda, trois activités dominaient: cultiver la terre, élever le bétail et chasser.
Ceux qui vivaient de l’agriculture étaient appelés Hutu, ceux qui se consacraient à l’élevage étaient qualifiés de Tutsi, tandis que ceux qui vivaient essentiellement de la chasse étaient désignés comme Twa. Avec le temps, la forêt régressant, les chasseurs se reconvertirent en artisans, potiers, sculpteurs ou autres métiers du même type.
L’évolution démographique modifia également la répartition des activités: l’agriculture et l’élevage furent de plus en plus pratiqués ensemble, surtout par les familles les plus aisées, sauf dans certaines zones où l’une des activités n’était pas possible. L’élevage prit progressivement plus de valeur car considéré comme un capital mobile, contrairement à l’agriculture, perçue comme un capital fixe.
Ainsi, la richesse en bétail devint le principal marqueur social: celui qui possédait beaucoup de vaches devenait tutsi, celui qui en avait peu ou pas du tout était considéré comme hutu, et le twa restait celui dont la subsistance dépendait principalement de l’artisanat. Rutaremara souligne qu’avant l’arrivée des Européens, la société rwandaise était déjà structurée selon ces pratiques socio-économiques.
L’arrivée des colonisateurs: un choc entre leurs théories et la réalité rwandaise
À leur arrivée, les Européens furent surpris par le niveau d’organisation du Rwanda. Convaincus que le progrès ne pouvait provenir que de leur propre civilisation, ils se demandèrent qui avait pu introduire un tel développement dans le pays.
Comme ils trouvèrent la cour royale principalement composée de personnes identifiées comme tutsi, c’est-à-dire issues des familles les plus riches, ils conclurent que cette catégorie sociale devait être d’origine étrangère et porteuse de civilisation. C’est ainsi qu’ils élaborèrent différentes théories sur l’origine des Tutsi.
Les premières hypothèses affirmaient qu’ils venaient de Mésopotamie (l’actuel Iran et l’Irak). D’autres les disaient issus des montagnes du Caucase en Russie. Certains chercheurs, tels qu’Anta Diop, allèrent jusqu’à les associer aux bâtisseurs des pyramides d’Égypte. Finalement, une hypothèse plus répandue situait leur origine en Éthiopie.
Pour étayer ces théories, les colonisateurs firent venir des experts chargés d’étudier la “race” tutsi. Ces spécialistes observèrent la taille des individus, la forme du visage, les caractéristiques physiques, mais constatèrent que ces différences existaient aussi bien chez les Hutu que chez les Tutsi. Ils examinèrent ensuite la langue, la religion, les croyances, la culture et l’organisation sociale, et découvrirent que les Rwandais partageaient le même mode de vie sur tous ces plans.
Cette homogénéité les déconcerta, mais leurs conclusions furent rejetées par les autorités belges et les responsables de l’Église catholique, qui refusaient de considérer les Rwandais comme un peuple unifié.
La classification coloniale: une différenciation artificielle
Face à cet embarras, un fonctionnaire belge proposa un critère simple: “Que celui qui possède plus de dix vaches soit enregistré comme Tutsi, et celui qui en possède moins ou pas du tout comme Hutu.” Cette règle fut inscrite dans les registres administratifs.
Rutaremara souligne l’absurdité de ce système: au sein d’une même fratrie, un frère pouvait être enregistré comme Tutsi parce qu’il possédait dix vaches, tandis qu’un autre, en ayant neuf, devenait officiellement Hutu. Cette catégorisation arbitraire fut ensuite présentée comme une différence de “race”.
Dans sa publication, il annonce que la suite de son analyse expliquera comment cette classification basée sur le nombre de vaches fut transformée en une distinction raciale, qui devint plus tard une “ethnie”, puis un “groupe ethnique” au sens politique. Cette construction idéologique servit ensuite de fondement aux divisions, aux discriminations et, finalement, à l’idéologie de la haine qui conduira au genocide perpétré contre les Tutsi en 1994.

