Technologie en progrès, femmes en danger: un appel urgent contre la violence numérique
Par Fulgence Niyonagize
La conférence African Women in Media (AWiM) 25, se déroule actuellement à Addis-Abeba du 4 au 5 décembre 2025. Dès l’ouverture, le ton est posé: au cœur des échanges, la montée inquiétante de la violence numérique à l’égard des femmes, un phénomène que les avancées technologiques semblent loin de freiner.
Dans ses remarques inaugurales, Leslie Richer, Directrice de la Direction de l’Information et de la Communication à l’Union africaine, a dénoncé avec force l’explosion des abus en ligne ciblant les femmes, un fléau qui s’intensifie à mesure que les plateformes numériques se multiplient. Harcèlement, propos misogynes, campagnes de désinformation, intimidation ou humiliation publique: les formes de violence se diversifient et touchent toutes les catégories de femmes, des journalistes aux militantes, en passant par les citoyennes ordinaires.
Ce qui inquiète le plus Richer, c’est l’absence totale d’outils efficaces pour détecter ou prévenir ces attaques. Elle souligne un paradoxe devenu criant: “L’intelligence artificielle est capable de repérer le plagiat ou de distinguer un texte généré par une machine, mais elle est incapable de signaler un message violent à l’égard d’une femme. Le progrès technologique avance, mais rien n’est conçu pour protéger celles qui en subissent les dérives.”
Pour elle, cette lacune n’est pas qu’un retard technique: c’est un vrai danger qui contribue à exclure les femmes des espaces numériques. Elle appelle les entreprises technologiques à prendre leurs responsabilités en intégrant des mécanismes de protection sensibles au genre dès la conception des outils, plutôt qu’en réaction tardive ou superficielle.
La conférence AWiM, fidèle à sa mission d’amplifier les voix des femmes dans le paysage médiatique africain, a choisi cette année d’explorer plus largement le rôle de la technologie, de l’intelligence artificielle et des plateformes digitales dans la construction de récits plus équitables. Les échanges montrent que si les technologies offrent des opportunités inédites pour produire, partager et diffuser de l’information, elles peuvent aussi devenir des armes lorsqu’elles opèrent sans garde-fous.
Les participants insistent: la lutte contre la violence numérique n’est pas seulement une question de sécurité en ligne. Elle touche directement la liberté d’expression, la participation politique, l’accès à l’information et, plus largement, la place des femmes dans la société.
AWiM rappelle que son ambition est de bâtir un environnement médiatique africain où les femmes sont visibles, compétentes et protégées. Cette conférence, qui réunit entre 200 et 250 professionnels des médias, régulateurs, experts technologiques, universitaires et acteurs de la société civile, apparaît plus que jamais comme un espace stratégique pour déclencher une réflexion collective et une action concrète.
À Addis-Abeba, un message résonne avec force: sans technologies conçues pour protéger, les femmes continueront d’être la cible privilégiée d’une violence qui évolue plus vite que les solutions censées l’arrêter.

