Les réfugiés congolais au Rwanda dénoncent des propos jugés haineux et réclament une justice internationale
Les réfugiés congolais vivant dans plusieurs camps au Rwanda ont manifesté pour dénoncer des propos récemment tenus par le porte-parole des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), le général-major Sylvain Ekenge. Selon eux, ces déclarations ciblant les Congolais d’ethnie tutsie ravivent les divisions et compromettent toute perspective de retour sécurisé dans leur pays d’origine.
Après les camps de Mahama dans le district de Kirehe et de Kigeme dans le district de Nyamagabe, les réfugiés des camps de Nyabiheke dans le district de Gatsibo, Mugombwa dans le district de Gisagara et Kiziba dans le district de Karongi ont, à leur tour, exprimé leur colère le 2 janvier 2026. Ils affirment avoir renoncé aux célébrations de fin d’année, estimant que les autorités congolaises, censées garantir leur rapatriement et leur sécurité, entretiennent au contraire un climat de rejet et de stigmatisation.
Les réactions font suite à une intervention télévisée du général-major Ekenge, le 27 décembre 2025, sur la télévision nationale congolaise, alors qu’il était invité à commenter la situation sécuritaire dans l’Est de la RDC, notamment au Sud-Kivu. Des propos tenus à cette occasion ont été perçus par de nombreux observateurs comme discriminatoires à l’encontre des Congolais tutsis, rappelant, selon les réfugiés, des discours de haine déjà connus dans l’histoire de la région.
Si Kinshasa a annoncé le retrait de l’officier de ses fonctions, plusieurs analystes et leaders communautaires estiment que cette décision est insuffisante. Pour eux, ces déclarations traduiraient une ligne politique plus large visant à marginaliser les Congolais tutsis. Les réfugiés demandent donc que le général-major Ekenge soit poursuivi et que son cas soit porté devant des instances judiciaires internationales.
Comment rentrer quand la haine persiste ?
Dans le camp de Nyabiheke, des réfugiés expliquent que ces propos ont anéanti l’espoir d’un retour prochain. «Ils montrent que l’État congolais continue de considérer les Tutsis comme un problème», déplorent-ils, appelant les organisations internationales à intervenir.
«Nous pensions rentrer après les accords, mais ces paroles nous ont fait comprendre que la sécurité n’est pas garantie. Nous avons tout laissé derrière nous», témoigne une réfugiée originaire de Minembwe, en exil depuis 2007 après des violences attribuées aux FDLR.
Une réfugiée depuis 2012 après avoir fui Masisi, évoque un climat d’insécurité chronique et de persécutions répétées. «Nous sommes tous du même sang. Dire que les femmes tutsies sont un danger est inacceptable. Cela montre que le pouvoir continue de nous cibler», affirme-t-elle.
Un autre réfugié de 20 ans, né dans le camp de Nyabiheke, explique que sa génération, née en exil, rêve simplement de découvrir la terre de ses parents. «Nous voulons rentrer, mais ces discours nous font craindre de nouvelles persécutions», dit-il.
Mobilisation massive à Kiziba
Au camp de Kiziba, qui abrite plus de 14 000 réfugiés congolais arrivés depuis 1996, une marche pacifique a été organisée le 2 janvier 2026 dès le matin. Les manifestants, brandissant des pancartes, ont dénoncé la discrimination contre les Congolais parlant le kinyarwanda et exigé justice.
Parmi les slogans scandés figuraient des appels à la fin des discours de haine et au respect des femmes tutsies. «Nous demandons que la communauté internationale nous entende, afin que nous puissions obtenir justice et rentrer chez nous», plaide une femme de 32 ans, arrivée au camp à l’âge de deux ans.
D’autres réfugiés alertent sur les risques concrets que ces discours font peser sur leurs proches restés en RDC. Certains soulignent que les familles mixtes sont particulièrement menacées.
Les réfugiées dénoncent également une stigmatisation persistante des femmes tutsies. «Ces discours attisent la haine et mettent des vies en danger», alertent-elles, appelant la communauté internationale à ne pas rester silencieuse.

