L’Université m’a trahie: un livre d’Assumpta Numukobwa sur le génocide des Tutsi à l’Université nationale du Rwanda
Le ministre de l’Unité nationale et de l’Engagement civique, Jean Damascène Bizimana, a pris part à la présentation officielle de l’ouvrage L’Université m’a trahie, écrit par Assumpta Numukobwa. La cérémonie s’est tenue au site memorial de Kigali situé à Gisozi, en présence des membres de la famille de l’auteure et d’autres invités.
Un devoir de mémoire sur les massacres à l’Université

Dans son livre, Assumpta Numukobwa livre un témoignage bouleversant sur les massacres perpétrés contre des étudiants, enseignants et membres du personnel de l’ancienne Université nationale du Rwanda, aujourd’hui intégrée à l’Université du Rwanda, durant le génocide perpétré contre les Tutsi en 1994.
Selon l’auteure, plus de 200 étudiants y ont été assassinés. L’ouvrage se veut une voix pour les victimes et un instrument de transmission de la mémoire aux générations futures.
Le récit retrace l’itinéraire d’une jeune fille arrivée à l’université avec l’ambition d’apprendre, de s’épanouir et d’élargir ses horizons intellectuels et sociaux. Mais ce lieu, symbole de savoir et d’avenir, s’est transformé en espace de terreur, de cruauté et de trahison. “Les mains de nos collègues nous ont ôté les corps, les esprits, les consciences”, écrit-elle.
À travers ce témoignage, Assumpta rappelle que l’histoire des victimes de l’université ne doit jamais sombrer dans l’oubli, mais continuer à enseigner le rejet du mal. Citant un proverbe rwandais: “Kugera kure si uko ugira imbaraga, ahubwo ni uko utakubiswe umutima » (Souffrir n’est pas mourir), elle souligne la résilience qui lui a permis de rester debout malgré l’humiliation, l’injustice et les blessures profondes.
Elle affirme que le Rwanda d’aujourd’hui a non seulement sauvé la vie des Tutsi, mais également protégé leur dignité et leur bien-être.
Le génocide, une idéologie préparée et diffusée
Dans son allocution, le Dr Bizimana a rappelé que le génocide perpétré contre les Tutsi n’était pas un événement spontané, mais le résultat d’une planification politique et idéologique, notamment à travers le système éducatif.

Il a évoqué la création des « Comités de Salut » sous le régime de Grégoire Kayibanda, qui avaient contribué à l’exclusion des Tutsi des écoles secondaires et de l’université dès 1972. Il a également cité le discours du 1er août 1973 de Juvénal Habyarimana, instaurant des critères ethniques et régionaux dans l’accès à l’enseignement.
Selon lui, certains intellectuels ont pris part au génocide, démontrant que le savoir académique sans valeurs morales peut conduire à la destruction.
Le ministre a lancé un message aux parents, les exhortant à transmettre à leurs enfants des valeurs fondées sur la culture rwandaise et à leur donner l’exemple. À la jeunesse, il a conseillé d’écrire, à l’image d’Assumpta et d’autres auteurs, afin de préserver une mémoire fondée sur des témoignages et des preuves tangibles.
Il a salué les enfants issus de familles impliquées dans le génocide qui ont choisi de rompre avec l’héritage de haine et d’embrasser les valeurs de vérité et de réconciliation.
Face aux tentatives de négation et de falsification de l’histoire, Dr Bizimana a averti: “Ceux qui déforment l’histoire, la minimisent ou cherchent à la nier sont actifs. Ils propagent des mensonges pour étouffer la vérité. Nous ne devons pas le permettre.”
À propos de l’auteure
Assumpta Numukobwa est une écrivaine rwandaise née dans l’ancienne préfecture de Kigali, commune Nyarugenge, secteur Rugenge, cellule Kabasengerezi. Mariée et mère de trois enfants, elle est titulaire d’un master en administration des affaires (MBA) et professionnelle du secteur bancaire. Parallèlement à sa carrière, elle s’est engagée dans l’écriture pour contribuer au travail de mémoire et à la transmission de l’histoire.



